La Morte

DESCIPTION:
Silly Mock, destinée à mourir, destinée à périr.
Mais une question reste à être élucidée : Pourquoi pleut-il? Pourquoi le ciel pleure-t-il pour elle?
Serait-ce de la pitié? De l’empathie?
Rien de tout cela sans doute...

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Partie 1:

Prologue
1er Partie : Mes éternelles amies comblées de questions.

"-Tu devrais déjà être partie.
-...
-Arrête de me regarder comme ça !
-Je te pensais plus calme.
-Je te pensais moins bavarde.
-Tu ne veux pas savoir le comment du pourquoi ?
-Cela ne m’intéresse pas de savoir pourquoi tu es là...
-Et si je te racontais le commencement ?
-...
-Je peux partir si tu veux ?
-Non...


restes...
-Tu as fais le bon choix. Donc vois-tu, tout commença avec une simple et unique question..."


Pourquoi pleut-il ?


Chapitre 1
Déchéance divine 1 : Chronomètre enclenché.



Le ciel gris, une atmosphère triste et morose.
Le toucher glacial des gouttes de pluie sur notre peau.
De triste paysage qui défile devant nos yeux, devant nous, triste comme nos pensées.
Je m'appelle Silly Mock.





Pourquoi pleut-il ?





      Jacques et Adeline Mock sont mes malheureux parents. Amour entre deux âmes tristes, sans but réel dans ce monde. Ils étaient mélancoliques, leur couple était une erreur, ils n'auraient jamais dû se rencontrer. De plus, ils eurent un accident des plus regrettable, Adeline âgée de 16 ans tomba enceinte.
Lamentables et abattus, ils accueillirent la nouvelle avec rage et dégoût. Dommage pour eux il leur était impossible de tuer l'être qui grandissait dans le ventre de la jeune Adeline. En effet elle n'avait pas assez de courage pour prendre des médicaments et le futur mari n'avait pas assez de détermination pour trouver une solution efficace.
Six mois plus tard, le verdict tomba, c'était l'heure du plus beau jour de leur vie. Il faisait beau, les oiseaux chantaient, Adeline accouchait, Jacques stressait.
Le ciel prit des teintes sombre. Le sol commençait par se faire envahir par l'humidité de la pluie glaciale. C'était ce jour où Silly Mock vie la couleur grisâtre du ciel pour la première fois.




Pourquoi pleut-il ?




Grande prématurée, Silly Mock fût envoyée rapidement en couveuse pendant que sa mère avait du mal à se remettre de l'accouchement.
Jacques criait :
« Sauvez ma copine ! On se fiche du bébé ! »
Moi je ne criais point, je contemplais la noirceur sombre du ciel que l'on m'exposait.
Deux mois de couveuse contre un fauteuil roulant pour ma mère. En effet l'accouchement s'était mal déroulé, il était à la fois raté et pitoyable. Ils pleuraient tous pour ma pauvre mère, forcée de vivre dans un fauteuil. La seul personne qui pleurait pour moi, c'était le ciel, ce ciel si moche, si monotone.




Pourquoi pleure-t-il ?



Ainsi débutèrent deux mois symboliques où je n’eus jamais la visite de mes parents. Je m'étais fait un ami, le ciel. Il pleurait en me regardant. Je grimaçais en le regardant.
Les infirmières passaient par dizaine chaque heure. Elles m'esquivaient du regard, elles n'osaient pas faire face à la chose que j'étais, je les dégoûtais.
Un jour j’eus la visite d'une belle infirmière. C'était la seule qui daignait me regarder, me regarder dans les yeux, la seule qui acceptait mon existence. Nous regardions ensemble, le paysage qui nous était proposé. Il était terne, amer et triste.
J'étais terne, amer et triste. Le ciel lui n'était que triste. Il pleurait toujours, continuellement.
Un beau jour la belle infirmière passa une troisième fois. Il était tard, très tard. Elle me regardait, je la regardais, le ciel nous dégoûtait. Puis elle déposa des fleurs blanches sur le bord de la fenêtre. Puis elle fit comme le ciel, elle pleura puis détourna le regard pour me tourner le dos et prendre la fuite.
Le seul qui osait toujours me tête c'était lui, le ciel.





Pourquoi pleurez-vous ?




Je survécu pendant ces deux mois, grâce à lui. De plus ils étaient finalement de retour, mes éternels « parents », avec mon éternel « père » qui poussait mon éternelle « mère » dans son éternel fauteuil roulant. Ils n'osèrent même pas me regarder où esquisser un sourire lors de notre rencontre. Je les regardais, ils me méprisaient, je les détestais.
Or la nouvelle tomba rapidement, le chronomètre était enclenché. Les médecins me donnaient encore sept ans. En effet ma naissance prématurée avait créé chez moi une malformation du cœur. Il pleuvait des cordes ce jour là, je ne pleurais pas et mes parents ne m'avaient toujours pas pris dans leurs bras.
Personne n'avait l'air de se soucier de mon sort, les seuls mots qui résonnèrent après cette nouvelle désagréable fût celle de mon père qui s'interrogea :
« On peut donc la considérer comme déjà morte c'est bien ça ? »
A ce moment là, le ciel gronda, la lumière aveuglante du tonnerre éclaircît la pièce. Elle éclaircît le visage du personnel présent ainsi que ma famille et leurs sourires. Ils explosèrent tous de rire, je vu donc pour la première fois ce qu'est un sourire et par la même occasion ceux de mes parents. Ils étaient remplis de satisfaction face à la réflexion « hilarante » de mon père. Le brouhaha dura bien deux minutes. Ils étaient tous dans un état d'euphorie aiguë. Tous sans exception rigolaient de mon sort, tous sauf le ciel qui pleurait cette nouvelle, encore et encore.
Les rires s'estompèrent peu à peu et le personnel de l'hôpital ainsi que mes parents reprirent leur expression vide. Je ne souriais pas, je ne voulais pas sourire, cette blague ne m'avait pas fait rire. Peut être que je n'avais pas d'humour ? En tout cas ce moment de détente n'avait guère plus au ciel.
Je fus donc remis aux mains moites et poisseuses de ma mère pour rentrer chez moi, pour devenir une vraie famille. Comme je m'y attendais ma mère ne me caressait pas du regard. Elle préférait répéter frénétiquement :
« Silly la morte, Silly la morte, dans sept ans tu ne seras plus là, mais tu es déjà morte ».
Elle le chantonna du départ de l'hôpital à l'arrivée à ma nouvelle demeure. Il pleuvait, elle chantait, je contemplais le ciel qui inondé ce nouveau monde qui s'ouvrait à moi.






Je me demande toujours pourquoi tu pleures mon ami.



Chapitre 2
Ressenti généreux 1 : Éternelle conviction.



      Je me nommais Silly Mock. Je détestais les hurlements, affectionnais les glaces, ne comprenais pas l'idiotie. Me baladant tranquillement dans les rues bondées d'inconnus, je ne pouvais qu'observer mon avant bras droit. Les éternels mots gravés dessus ne pouvaient que me guider à la prochaine étape de mon éternelle traque. « Enfant - Cadeaux - Main », voilà le contenu si primordial qui occupe mes pensées durant presque plusieurs années. Afin d'en déceler le secret, je me devais d'obtenir plus d'informations. A vrai dire, mes objectifs étaient futiles, voire ridicules. Cependant, ne devait-on pas aider son prochain en espérant, un jour, se voir gratifier d'un même service ? Mètre après mètre, je me faufilais entre la foule en espérant croiser le dit enfant. Trop absorbée par mes divagations, je percutai une femme nonchalamment. Sans le vouloir, je l’entraîna dans ma chute. La foule n'y prêtant guère une maigre attention, je me relevais difficilement avec cette inconnue à la peau si douce. Mes mains s’agrippèrent aux siennes, sans m'en rendre compte, je les tripotais frénétiquement espérant rester en contact le plus longtemps avec ses saints doigts. Cette femme, au visage si doux, se dépêcha de se relever avec ma personne. Vêtue d'une longue blouse blanche, je m'empressai de lui présenter mes excuses les plus plates :
« Regardes où tu marches sale champignon répugnant ! »
Malgré mes efforts d'élocutions, le bruit de la foule couvrit mon pardon. La femme pointa de son doigt son oreille, me signalant ne pas avoir compris mes propos. Brusquement et perdant peu à peu patience devant son incompétence à tendre l'oreille, je lui agrippai la main pour nous éloigner de l’oppressante foule qui nous encerclait. Bravant avec courage le public qui noyait la rue, j'arrivais à nous isoler pour de nouveau dicter de sincères regrets. Seulement elle me devança pour me transmettre ses premiers mots :
« Navrée jeune demoiselle, je n'avais pas la tête dans mon assiette. Je n'avais pas l'intention de vous percuter ! »
Joignant ses mains pour m'affliger son pardon, je me dû de les accepter. En y réfléchissant bien, notre rencontre n'était pas anodine. Sa blouse, ses chaussures blanches, elle était sans doute infirmière ! Une dame travaillant dans les hôpitaux ne pouvait qu'avoir des informations sur les enfants. La dévisageant elle, puis ma cicatrice, je me devais de tenter ma chance. La femme qui se tournait pour ne plus m'importuner, j'élançai ma main pour l'empêcher de retourner vers la foule. J'étais dans l'obligation de lui extorquer quelques informations :
« Hummm... Tu n'aurais pas vu un enfant doté de deux mains avec un cadeau ? »
Ses yeux s'écarquillèrent à ma demande. Ma formulation n'était sans doute pas des plus pertinente, cependant une chance comme celle-ci valait le coup d'être tentée. Nous étions éloignées, seules. Personne ne pouvait nous entendre. De rare cadre aussi étrange se présentait de nos jours. Cette situation de solitude, de calme pourrait faire perdre la tête à n'importe qui. La femme ne sachant que me répondre, me demanda avec un grand sourire de patienter un instant. La joie illuminait son visage, comme un doux baisé angélique sur ma tortueuse personne. Elle fouillait dans son sac, elle cherchait sûrement une photo de l'enfant. Cette inconnue d'une bonté sans nom ne pouvait me faire défaut. De nos jours, la confiance s'étouffait en raison de l'idiotie des ignorants. Seulement, un gros couteau émergea. Me défiant d'un regard noir, le couteau pointant vers ma direction, elle ne pouvait que me menacer se munissant de grotesques paroles au bout de la langue :
« Sale peste ! Si tu penses pouvoir m'éloigner pour me voler, tu te fourres le doigt dans l’œil ! Je vais te tuer si tu continues à jouer avec mes nerfs sale pétasse ! »
Intéressant. Sa réaction, son arrogance, tout cela m'intriguait. Je me demandais jusqu'où était elle capable d'aller pour se libérer de mon emprise. La notion de limite nous poussait tous à donner un terme à nos actes les plus idiots, malheureusement les ignorants pouvaient se révéler plus perspicaces que certains. Abandonnant mon investigation, j'avais la responsabilité de tester cette femme munie d'un jouet tranchant. De ce fait, l'insulter, la provoquer, voilà les alternatives me permettant de la pousser au bout de ses limites. Me positionnant comme une voyou sans trop exagérer, je prenais mon air grave pour mesurer si son attitude concorderait avec ses actes :
« Exactement sale imbécile ! Passe-moi ton fric et l'enfant ! »
Encore une fois la tournure de ma phrase était maladroite. Je savais éperdument que la concentration était la clé de la réussite. Alors pourquoi ne pouvais-je m'approprier de ce proverbe ? L'infirmière projeta son sac violemment au sol, se préparant à passer à l'offensive. Dans sa chute, de multiples fleurs blanches s'étalèrent au sol. Je ne savais pas pourquoi, mais les voir m'intriguais. Cette femme, d'une apparence apaisante, se munissant d'un couteau, présentait des fleurs dans son sac. Étrange et pourtant non dépourvu de sens. A la voir, sa posture ou encore les vives gouttes de sueur qui s'écoulaient de son cou, elle avait des difficultés à contrôler ses pulsions. Une abominable haine la rongeait, la déchiquetait de l'intérieur. Elle ne souhaitait que les évacuer comme un individu qui, sous le stress, s'allumait une cigarette dans le but de s'acquérir d'un cancer et de mourir sans grande conviction. Me rendant vite compte que mon analyse n'avait aucun fondement solide, la femme avait déjà chargé pour m'attaquer. La lame entre les deux mains, elle tenta de me planter tout en affichant un regard empli de plaisir. La ruelle où nous nous trouvions était étroite, je ne pouvais pas me déplacer à mon maximum. La lame cinglante se rapprocha dangereusement de mon cou, je m'abaissai pour l'esquiver, elle me planta son joujou dans le dos. A la manière d'une professionnelle, elle essayait de pivoter la lame déjà logée dans ma peau pour m'infliger une douleur insurmontable. Maintenant au dessus de moi, je l'agrippai pour la projeter et ainsi me dégager de son étreinte. Dans mon lancé, elle retira le couteau pour ensuite retomber à sa position d'origine. Cette ignorante était mesquine, je le voyais à sa façon de se lever ou de me regarder. Ses yeux brillaient toujours autant, elle prenait du plaisir à faire cela, c'était sa drogue. Elle dévisageait avec envie le sang qui dégoulinait sur le sol, elle désirait en voir plus. Bien entendu je venais de comprendre une chose, elle savait que je ne lui voulais aucun mal. Elle s'était persuadée que si c'était le cas, elle aurait carte blanche pour se défendre. Je sentais le liquide se propager sur mon revers. Afin de voir si mon envers était amoché, je tordis mon bras pour atteindre la plaie. Au touché, elle semblait être profonde. Généralement s'attarder sur son physique tendait vers du narcissisme, je détestais cette idée. Seuls les plus grands monstres se basaient sur leurs traits corporels, les anges étant naturellement beaux, ne perdaient jamais leur temps à s'en soucier. Après un examen futile de l'égratignure, je devais lui annoncer ma découverte. Mon doigt se leva en sa direction, elle fit signe de ne pas comprendre ma réaction. A coup sûr, ma posture ne devait pas convaincre son maigre esprit. Les deux index la pointant, les mains dans les poches, les jambes croisées, aucune pose ne paraissait lui convenir. Ne me décourageant guère, certains mots valaient mieux que quelques ridicules poses :
« Tu sais pertinemment depuis le départ que je ne te veux aucun mal. Pourtant, tu t'es persuadée que j'étais une menace pour légitimement me poignarder. Tu dois sûrement manquer d'une grande confiance en toi pour prendre en traître une innocente personne comme moi. Malheureusement, tu ne m'es plus d'une grande utilité sachant que j'ai vu jusqu'où tu pouvais aller. Je vais te laisser à tes occupations. »
Tournant les talons, je décidais de reprendre mon investigation sur l'enfant. La meurtrissure de mon dos ne méritait pas de soin particulier, les choses futiles ne souhaitaient pas mon attention. Il lui fallait simplement un peu de temps, pour comprendre sa ridicule existence, pour assimiler qu'il n'était guère un obstacle. Quand il l'aura compris, il pourra renaître et devenir une splendide blessure de guerre. Afin de ne plus lui faire face, je lui adressai un signe de main pour conclure notre rencontre. Je marchais en direction de la sortie jusqu'au moment où la pire des choses apparue à mes oreilles : « Je n'en ai pas fini avec toi ! Viens te battre déchet » Derrière moi, je l'entendais. Ce son qui ne représentait que de mauvaise augure. Je me retournais pour prendre conscience de la chose que je détestais. La femme accourait, hurlant de tout son être. C'était pourtant la chose que je haïssais le plus au monde. Ce horrifique bruit que les mortels s'employaient à utiliser pour exprimer leur peur ou leur colère. Cependant, personne ne pouvait, sous mes yeux, s'autoriser à employer un procédé si morbide. Rares étaient ceux qui hurlaient pour les bonnes raisons, nombreuses étaient les âmes qui en abusaient pour défier ou implorer. A la naissance, un enfant s'octroyait de se don pour clamer sa venue. Le cœur brisé, une personne en usait de ce rugissement salvateur pour lever la tête une nouvelle fois, afin de cautériser les blessures de son être. Les raclures dans son genre ne pouvaient s'en approprier à des fins personnels pour clamer leur futile conviction. J'étais juge, elle était condamnée. Elle arriva finalement à ma porté, le couteau positionné de la même manière à me charcuter. Cet acte se devait d'être puni de ma main. Sa lame s'enfonça une nouvelle fois dans ma peau. L'infirmière s'acquit d'un sourire pour laisser une larme s'échapper de son œil. Elle devait s'en doute se féliciter d'avoir, une fois de plus, calmer ses pulsions. Levant les yeux pour contempler mon visage éprit par la peur, elle ne pouvait pas rêver mieux. Une terne colère se dégageait de ma face. Mon divin jugement lui apprendra à ne plus jamais hurler pour de misérables et impies désirs. Je me devais de venger les personnes qui, même dans les moments difficiles, ne daignaient en user. Mon index ainsi que mon majeur se plongèrent respectivement dans son œil droit et gauche. Rapidement, en une seconde, je lui arrachais les deux yeux pour les saisir dans ma main. Deux trous béants, noirs comme le néant se dressaient sous son front. A cet instant, son hurlement concordait avec les événements. Une douleur intense accablait son corps, ses membres se crispait jusqu'à se gorger de vif tremblement. Sous mes yeux, j'avais rendu justice à bien des milliards d'inconnus, mais un manque me perturba. J'observais la paire de billes disposées dans ma main pour me souvenir d'une chose. Pour retrouver l'enfant, je me devais de traverser cette épreuve. La destiné n'avait pas sa place dans mon parcours, seuls mes agissements devaient me conduire à la finalité de mon enquête. Je prendrai le bon chemin en finissant mes valeureux actes. La vulgaire infirmière hurlait de tout son être. En me perdant dans mes pensées, je vis qu'elle avait rampé jusqu'à son sac pour en saisir son contenu. Bien entendu ce ne fut pas une autre lame, simplement de maigres fleurs blanches qui jonchaient le sol à ses côtés. Dans d'autres circonstances mon cœur aurait été charmé par la bonté, la beauté, la magnificence de son dernier geste. Pourtant elle avait malencontreusement bravé l'interdit une nouvelle fois sous mon nez. Je me dirigeai vers elle, essayant de garder un regard colérique sachant qu'elle ne le verrait sans doute pas. Elle était sous mes pieds, éclaboussant de son sang les fleurs. Cette femme, dans une position pitoyable, ne méritait que le titre d'imbécile. Les fleurs n'avaient jamais demandé à être impliquées dans cette affaire. D'un liquide rouge perverti, elle avait ternie la beauté immaculé de ses blanches fleurs. Encore une fois, elle engageait des êtres innocents dans ses pulsions. Cette fois-ci, je devais la stopper dans sa folie. L'arrêter était la solution, sinon elle ira sans gêne éclabousser un pauvre chien de son immonde sang ? D'une voix clair, parcourut par un ton pourfendeur, j'attestai sa sentence :
« Pour m'avoir impliquée moi et ces fleurs dans tes sombres désirs. Je vais t’exécuter pour rendre mon enquête plus paisible et finalement retrouver l'enfant. »
Pourquoi n'arrivais-je pas à me concentrer pour enchaîner de simples mots ? Je devais en finir avec cette pourriture. Lâchant au sol ses yeux, je l'empoigna pas les cheveux pour mettre son visage au niveau du mien. A l'entendre, elle me suppliait de l'épargner pour la laisser se faire soigner. N'avait-elle rien saisis ? Je t'avais, en te retirant les yeux, interdit de voir de nouveau ce monde. En te retirant la vie, j'allais te priver de polluer ce jardin de tes maladifs désirs. C'était un peu personnel, mais je devais finir mon travail. Prenant lentement de l'élan avec mon bras, je me concentrais pour, dans cet acte de purification, rayer son existence de l'Histoire. C'était ainsi que mon bras lui traversa le corps pour stopper ses incessants pleurnichements. Elle déversa de sa bouche le peu de sang qu'elle s'autorisa pour finalement se laisser mourir. La beauté n'était que façade, la gentillesse n'était que piège. Les êtres les plus pures étaient les plus exécrables. Regardant autour de moi à la recherche d'un potentiel enfant, rien ne m'apparut. Le travail étant fait, je la jetais elle, ses yeux, ainsi que ses organes dans une poubelle se situant dans la ruelle. Je prenais soin de nettoyer le peu de rouge qui dégoulinait sur mon corps pour me jeter de nouveau dans la foule noir d'inconnu. J'espérais voir l'enfant dont il était question sur ma cicatrice, j'étais patiente, je devais poursuivre mon investigation pour livrer mon dut.

Chapitre 3
Déchéance divine 2 : Haïr ou détester.



      A peine arrivée dans mon nouveau chez moi, je constatais qu'il était assez humide mais plutôt bien entretenu. Nous étions au sixième étage d'un immeuble assez massif qui surplombait la superbe ville 79. Je m’aperçus rapidement que ma chambre n'était meublée que d'un landau. Il était en assez bon état, près d'une grande fenêtre avec une belle vue sur mon ami.
Mes parents me laissaient longtemps seule à l'intérieur sans me border. Ils me nourrissaient, mes parents chantaient des musiques sur ma mort, elle l'engueulait, il frappait dans les murs de rage, j'observais le ciel pluvieux qui était sous mes yeux. Un ciel rempli de différentes teintes de gris, du plus sombre au plus clair. Il pleurait pour moi et je vivais pour lui, c'était notre marché, notre pacte.
Peu de temps après mon arrivée, mes jeunes parents arrêtèrent vite leurs études, ma mère se chargeait de « s'occuper » de moi et mon père enchaînait les petits boulots.
Ma première année dans ce monde fut marquée par les fabuleuses musiques que chantait ma mère et les nuits bruyantes causées par les relations sexuelles qu'essayaient d'entretenir mes parents.
Or le plus marquant fut le jour où j'eus un an pile. Mon père ne rentra pas à la maison. Il n'est pas mort... « malheureusement ». Il est simplement parti faire un tour en prison. La nouvelle nous parvint par télévision. Ce jour là, ma mère était hors d'elle, elle n'arrivait tout bonnement pas à y croire. Il aurait massacré son patron avec une agrafeuse. Mais je ne vous parle pas de quelques bleus, il l'a littéralement déchiqueté. Impossible ? Pourtant les médias en parlaient comme un acte barbare et inhumain. Ma mère pleurait tandis que je contemplais pour la première fois les images de la scène de crime qui étaient à moitiés censurées. Je découvrais par ailleurs une couleur vive, qui créa chez moi un respect certain. C'était ce rouge, il était omniprésent dans le bureau de son patron. Je me tus et observai les beaux tracés que mon père avait fait avec cette splendide couleur. En effet, il avait écrit un message pour ma personne, je m'en souviens très clairement car ma mère le murmurait tout en s'effondrant :
« Dans quelques années tu ne seras plus notre problème. »




Pourquoi ne pleure-t-on pas du rouge ?




Les mois suivant l'arrestation de mon père s’enchaînèrent très vite. Pendant le procès mon ami accompagnait en cœur le regard haineux de mon père à mon égard. J'avais deux ans ce jour-là et ma mère murmurait de plus en plus de chansons relatant ma mort certaine et prématurée. Finalement mon père prit dix ans de prison ferme, le tribunal était en accord avec la peine sauf deux personnes, ma mère qui hurlait de toutes ses forces en accusant le juge et mon père qui, tout en restant silencieux, me fusillait du regard. Je me souviens bien de ce moment, il avait les larmes aux yeux. Je pouvais lire sur son visage qu'il me maudissait, qu'il essayait de me faire comprendre que tout était de ma faute. Ainsi, au bout de quelques minutes où toute l'assemblée faisait profil bas pendant que ma « merveilleuse » mère distribuait des injures au juge, mon père détourna le regard. Pas simplement pour ignorer mon existence, il se tourna vers la grande vitre qui se tenait sur sa gauche. Il observa les gouttes de pluie qui coulait sur la structure vitrée. Il avait un regard pâle, différent de celui qu'il avait l'habitude de me montrer. Pour la première fois de ma vie je vis ce qu'était le sentiment de l'espoir. Il souhaitait sûrement de revenir le plus vite pour ma mère, souhaitait de me voir disparaître. A peine eut-il le temps de tendre son bras pour toucher la vitre qu'il fut directement stoppé dans son élan pour se faire emmener hors du tribunal, en prison.
Il partait, ma mère criait, le ciel chantait.




Pourquoi ne laisses-tu pas ton ami le soleil sortir ?




Les années qui suivirent cet événement furent obscures. Ma mère, qui manquait de moyens pour nourrir la morte que j'étais, se mit en quête de trouver un emploi. Or elle n'avait pas de qualification dans quoi que ce soit. Elle se mit donc à mendier en bas de chez nous. En effet notre situation financière était critique. A l'âge de quatre ans je sortais avec elle dans la rue pour récolter l'agent de pure hypocrite qui voulait satisfaire leurs ego. Mine de rien nous récoltions toujours assez d'argent pour avoir de quoi tenir le jour suivant. La pluie berçait nos récolte de billets et je prenais beaucoup de plaisir à lui murmurer des choses. Elle pleurait toujours mais je sentais qu'elle était contente que je sorte un peu pour passer du temps avec elle. Je l'aimais, je l'adorais, ma mère me détestait.
Au bout d'un certain temps, un groupe de personnes, plus hypocrite que la moyenne, prit en charge la récolte d'argent. Effectivement, ils étaient une association qui aidait les pauvres dans notre genre. La directrice de l'association était venu s'entretenir avec ma mère pour lui expliquer toutes les modalités. Elle était jeune et très belle, elle ne devait pas avoir d'enfant à son âge, mais elle paraissait plus mature que ma mère. Elle inondait toujours ses phrases d'un rire irritant et taché par son ego démesuré. Ainsi à la fin de l'entrevu elle voulu faire connaissance avec moi. Bien entendu j'étais dans ma chambre avec mon ami. Je n'aimais pas être dérangée lorsque je discutais avec lui. C'était un moment intime qui nous était réservé chaque soir. Elle entra sans gêne. Un silence mesquin s'installa peu à peu dans la pièce. Elle referma la porte derrière elle et me fixait du regard. J'étais dos à elle, plus préoccupée par les fines gouttes de pluie qui défilaient sous mes yeux. Puis elle rigola, très fort, assez fort pour me faire quitter des yeux de mon ami. Son rire couvrait entièrement le bruit mélodieux de la pluie. Je l'observais, elle riait, je la fixais, elle pouffait de rire.
Au bout de deux minutes, elle reprit son souffle tout en insistant son regard sur moi. Elle s'avança doucement, le sol grinçait sous le poids de ses imposants talons. Elle était désormais à quelques centimètres de moi, la pluie s’intensifia à ce moment précis, comme si elle tentait de me protéger. Enfin, elle s'agenouilla à mon niveau et positionna sa bouche près de mon oreille. Je pouvais sentir son souffle, à la fois chaud et humide. Son temps de parole fut bref. Elle me murmura :
« Regarde, par ta faute, ta mère n'a pas les moyens de vivre seul. Tu n'aurais jamais dû venir au monde sale égoïste. »
Le ciel gronda. La pluie s'attaquait à la vitre de ma chambre. Elle se leva sans aucun mot et parti. Lorsqu'elle ferma la porte, je me remis à observer le ciel. Il était dévasté, déchiré par ce qu'il venait d'entendre. J'avais découvert un sentiment obscur. La haine. Je haïssais cette femme, je haïssais mes parents et je compris qu'eux aussi me haïssaient.
Quant au ciel, il pleurait en voyant mes yeux remplis de cette aura maléfique. Il pleurait de ne pas avoir pu protéger la jeune pousse que j'étais.





Pourquoi me haïssent-ils tous ?

Chapitre 4
Ressenti généreux 2 : Juste cassé.



      Les années passent, toujours aucun signe de l'enfant et du cadeau. Malgré mes recherches intensives coupées entre des allers-retours chez le glacier du quartier, rien ne m’apparaissait. En dépit de l'importance de mon enquête, mon incompétence à être détective m'insupportait. Saisissant ma vingtième glace de la journée, je la savourais en espérant trouver un indice, une simple piste pouvant me guider. Coup de langue après coup de langue, je défilais une nouvelle fois dans les rues qui se dressaient devant moi. Je léchais vulgairement ma glace goût fraise pour combler mon appétit robuste. Cela faisait des années que rien ne m’était arrivée pour m'indiquer le chemin à prendre. J'avais renoncé à faire confiance au destin qui n'était qu'un contre de fée pour ignorant. Ce concept instauré par des imbéciles pour se rassurer, ridicule. Les coïncidences, elles, proclamaient la vérité et j'étais prête à attendre n'importe quel signe pour avancer. Le soir s'annonça de la tentative de fermeture de mon glacier préféré. Bien entendu, ce n'était qu'un effort en vain, car une nouvelle fois je m'élançais pour en redemander une. Devant le comptoir, billet à la main, je fracassa ma main sur le support marbré pour faire retourner le patron du commerce :
« Je veux une glace sac à fiente ! Au plus vite sinon je t'arrache les orteils de pieds ! »
Bien heureusement, il n'entendit pas ma velléité de dialogue maladroite. Il se pencha sur mon cas, puis sans un mot m'afficha la montre sur son poignet. Elle affichait dix-neuf heure, l'heure de fermeture qui était elle même inscrite sur un écriteau, qui était lui même affiché sur un prospectus. Cependant le client était roi ! Cette expression faisait de moi la Reine de cet établissement, la chef de cet insignifiant individu simplement là pour me nourrir. Une glace ne m'avait jamais était refusée. Personne ne pouvait s’acquérir du droit de me refuser cette vitale demande. Me dépêchant de sortir de nouveaux billets pour acheter son temps, il ne daigna pas prendre conscience de mon action charitable. Le glacier se retourna, l'air de rien, faisant dos à une cliente qui ne désirait qu'une seul chose, une glace. La vie de cette homme ne consistait et consistera toujours à fabriquer ce délicieux met. Alors pourquoi ne voulait-il pas me vendre le fruit de sa vie ?! Son existence était insignifiante. Sur son front, je ne voyais qu'inscrit que le terme de « garde-manger ». Il n'était que secondaire, j'étais Reine de son histoire, de sa volonté de vivre, d'exister. Je perdais patience, mon estomac se tordait de douleur à l'idée de se voir décliner sa vingt-et-unième glace du jour. C'était grâce à moi que ce sale porc faisait tourner son affaire. Sans mon argent, il pouvait mettre la clé sous la porte pour mendier comme un moins que rien. Ma colère atteignit son paroxysme, mes yeux flamboyaient, je saisis une cuillère en plastique qui était laissée à l'abandon sur une table derrière moi. Le pointant avec l'arme que je venais de dégoter, l'homme me tournait toujours le dos, chantonnant une ridicule comptine :
« J'aime les glaces ! Tu aimes les glaces ? J'adore l'argent ! Tu aimes l'argent ? Je déteste ma femme ! »
Pour acquérir délicatement son attention, je balançai du pied une table pour lui faire réaliser que le paradis venait de mourir. Le peu de clientèle qui restait prirent leurs jambes à leur cou pour fuir l'agitation que je venais de créer. Finalement, l'homme se décida à me faire front. Il me dévisageait d'un air hautin, ne comprenant ni mon comportement, ni la cuillère que j'agitais sous son nez. Puis un soupir lui échappa pour m'adresser, d'un ton sévère, de gracieuses paroles :
« Sale garce ! Dégage de ma terrasse, je ferme boutique ! »
La chance le saluait, je n'entendis que des cris et non des hurlements. Néanmoins, l'on ne me criait pas dessus sans raison. Le respect entre individu était primordiale pour le bon fonctionnement d'une société. Si tu me criais dessus, je me devais de rétorquer pour ne pas me soumettre à mon opposant. C'était à cause de cela que les éternels conflits apparaissaient. L'animosité n'était pas la clé, cependant, corriger correctement son adversaire se trouvait être la solution. J'avais pour habitude de perdre mes moyens facilement lorsque l'on haussait la voix en ma présence. Pourtant, je n'étais pas du genre à faire des cadeaux aux ignorants, qui se croyaient permis de diriger leurs sentiments d'un ton pourfendeur. Le prenant de cours, je plantai dans son œil l'outil que j'avais en main. Mon erreur était le fait qu'elle était en plastique, la blessure lui apparut superficielle et je me devais de rectifier mon insolence. Je pris appuie sur le comptoir pour entrer dans le magasin. Cherchant du regard un objet adapté, je fouillais le petit lieu pour y trouver le gain de ma recherche. De maigres gémissements de douleur parvinrent du glacier qui retira la cuillère de son orbite. Je le sentais me juger, il devait sans doute se demander pourquoi cette jeune femme désirait tant une glace. De son jugement, il ne comprendra jamais le pêché qu'il avait commis. Jamais de son vivant il ne comprendra. De ma position, j'avais l'autorisation d'arbitrer l'existence de ses impies verres. Sans moi, cet homme se sentirait pousser des ailes, et atteindrait des rivages qui ne lui appartiendrait guère. Ses pensées étaient puériles, même un enfant aurait compris sur le coup que le désir l'emporte sur les bonnes manières. Je souhaitais une glace, donc je devais obtenir ma demande. N'était-ce pas simple comme raisonnement ? Je déviai mon regard pour observer un petit instant la scène. Les clients avaient fuit, aucun passant. Le scénario était idéal pour assouvir ma soif de dessert glacé. Dans le bordel que j'avais créé, une arme adéquate m'apparut. Simple, efficace, je pouvais l'utiliser pour maîtriser la situation. Je les pris dans ma main, les caressant lentement, ne voulant pas les brusquer. Toute chose dans ce monde devait être traitée avec le plus grand des respects. Me retournant pour lui montrer ma découverte, le glacier brandissait un téléphone mobile. Il articula toute sorte de menaces pour m'empêcher de poursuivre mon jugement :
« Si tu t'approches de moi, je n'hésiterais pas à appeler la police ! »
Je détestais les hurlements, mais les idiots n'était pas une chose que j'appréciais non plus. Pourquoi me menacer avec un moyen de dissuasion, alors qu'appeler directement la police te serait plus favorable ? Une multitude de possibilités se portaient à lui. Passer un appel ou encore saisir un couteau pour me planter. Les sorties étaient devant lui, pourtant il ne trouvait pas les clés pour les emprunter. Malheureusement les imbéciles couraient les rues aujourd'hui. Ce n'était pas mon travail de l'arrêter, cependant de mes actions, je pouvais réduire leur population. A cet instant j'étais devenue l'élément qui allait réduire, d'une personne, une population qui ne pouvait exister dans se monde. Il tremblotait, se demandait si son coup de bluff allait porter ses fruits. Heureusement que je n'étais pas une idiote. M'imaginer en train de prier la fuite de mon opposant m'accablait d'un inapproprié fou rire. Je me voyais comme cet idiot, trembloter comme une feuille face à de fâcheux ennuies. Futile ! Ridicule ! J'avais appris tout au long de ma vie que devant n'importe quel obstacle, la fuite ou les menaces n'étaient guère une solution. Se battre pour survivre était la clé. Nous étions des prédateurs, nous vivions pour vivre et non pour périr. Face à moi, je ne voyais qu'un dinosaure qui aurait du s'éteindre il y avait des millions d'années. Si les dinosaures avaient combattu avec virulence les catastrophes qui leurs étaient arrivées, ils seraient encore en vie aujourd'hui ! Enfin, mes pensées avaient-elles un sens ? Je voulais dire, ils n'avaient peut-être pas cette même rage de survivre. Me rendant compte que mes pensées commençaient à n'avoir plus aucun foutu sens, le glacier m'implorait à chaudes larmes de déguerpir :
« S'il vous plaît, j'ai une famille qui m'attend. Lâchez ce que vous tenez et allez vous en pour l'amour de Dieu ! »
Comment ça pour « l'amour de Dieu » ? Un imbécile avait-il besoin de prier l'amour d'un être supérieur pour faire fuir ses assaillants ? Et comment une chose que l'on ne pouvait quantifié lui permettrait de survivre face à mon désir de glace ? Pourquoi cet être me faisait me poser autant de question ? Me rendait-il à mon tour débile ? Et pourquoi impliquer un être aussi crédule que Dieu dans cette histoire ? Sentant que je devais stopper les impertinentes questions qui affligeaient mon esprit, je m'explosais à plusieurs reprises la tête contre le comptoir pour vider mon âme corrompue. Je relevais finalement la face pour voir un jeune enfant devant le commerce. Les coïncidences avaient du bon ! Mon devoir était de m'adresser à lui. Pour le garder à mes côtés, je lui murmura gentiment quelques ordres assez simples à assimiler pour son petit cerveau :
« Si tu pars, je t'égorge. Donc reste ici bien sagement. »
Mes semblants de dialogues ne collaient jamais avec mes intentions. Bizarrement l'enfant faisait la sourde oreille et me demanda de me répéter. La gestuelle était maîtresse du dialogue humain. Levant la main bizarrement, je tentais absurdement de lui faire signe de ne pas bouger. De toutes façons, si c'était mon enquête qui venait à moi, il ne devrait pas se volatiliser. Reprenant mon souffle, j'avais une affaire à terminer. Chaque chose en son temps, chaque personne en son temps, chaque personne à massacrer à la fois. Cet enfant avait de la chance, de sa petite taille il ne pourra pas contempler ce que cet homme recevra comme châtiment. Je me retournais pour lui faire de nouveau front. Il était à terre, essayant tant bien que mal de saisir le numéro de la police. Pourtant il n'y avait que deux chiffres à composer. Il me déprimait, j'allais mettre fin son existence :
« Pour m'avoir dévoilé ton idiotie, je vais t’exécuter pour rendre mon enquête plus paisible et finalement discuter avec l'enfant. »
Dans ses yeux, je le voyais. Cette profonde envie de hurler de tout son être. Il se releva précipitamment, contracta lentement les muscles de sa mâchoire pour articuler, d'un hérétique cri, la chose qui me rendait rouge de rage. L'objet que j'avais saisis me servit finalement à stopper cet acte impardonnable. Effectivement, malgré le fait que nous nous trouvions chez un glacier, une boîte de cure-dents s'y trouvait. J'en empoignai quelques uns pour les planter dans sa gorge. Pour m'assurer de son silence, j'en attrapai d'autres pour de nouveau réitérer ma précédente action. La gorge maintenant transpercée d'une multitude de fins, mais tranchants bouts de bois, l'homme ne pouvait que régurgiter son propre sang afin de se noyer avec. J'en avais fini avec cet impertinent, une grande quantité de sang de déversait de sa gorge, son teint pris de bleues couleurs, la mort lui tendait les bras. Pour gratifier mon action du jour, j’empoignai une cuillère pour ne faire une glace sur mesure. Je l'adorais ! Elle avait toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et n'attendait que d'être dévorée par mon appétit morbide. Je pris une nouvelle fois appui sur le comptoir pour m'agenouiller devant l'enfant qui n'avait pas bouger. Mon regard défiant le sien, cette coïncidence de croiser un gamin n'était pas à ignorer. J'attendais avec impatience ses premiers mots, il allait sûrement me guider dans mon investigation. Je devais absolument trouver à qui donner mon cœur, sinon jamais je ne résoudrais les mots inscrit sur mon avant bras. L'enfant qui attrapa une chaise pour monter dessus et se mettre à mon niveau me toucha le nez de son petit doigt. Je ne pouvais résister à la tendresse de son mouvement. Pour me faire comprendre son geste, il articula avec gentillesse ses intentions :
« Jeune demoiselle, pouvez-vous me faire un cadeau ?! »
Un large sourire couvrait son visage, cependant je ne pouvais qu'ignorer ses dires. Instinctivement, je jetais ma glace pour prendre connaissance des mots gravés sur ma peau. « Enfant - Cadeaux - Main ». Il était la solution, la potion de lumière. Tout était limpide, ma longue attente se voyait gratifiée. Tentant de nouveau de toucher mon nez, je ne pouvais que saisir l'opportunité de résoudre mon enquête. J’attrapai sa main, il me dévisageait, je la lui brisai. Afin de gratifier son côté mignon, je couvris sa bouche de ma main pour l'empêcher de produire l'interdit. De lourdes gouttes de sueur coulaient sur son front, je ne lui avais pourtant que brisé la main. Des passants un peu curieux, me demandèrent au loin si tout se passait bien. Ils avaient d'après eux entendu un cri et se portait volontaire pour m'aider. La situation ne devait pas m'échapper. Je décidai de les rassurer pour étouffer leur soupçon :
« Dégagez de là ! Si je vous revois, soyez sûr que je tue vos enfants, vos animaux de compagnie ainsi que toutes les personnes qui vous sont chères ! »
Les paroles étaient maladroites, mais leur fuite face à la cruauté de mes mots me facilitèrent la tâche. J'agrippai l'enfant pour l'éloigner de tous les regards. Non loin de moi, des toilettes publics apparurent dans mon champs de vision. N'y réfléchissant pas deux fois, j'entrais à l'intérieur pour nous enfermer à double tour. L'enfant qui chouinait pour justifier les larmes qui coulaient sur ma main, me dévisageait ne comprenant pas la situation. Je ne voulais pas l'embêter avec les détails, cependant je devais m'assurer qu'il ne hurle pas au moment où je retirerai ma main. J'éloignai doucement ma griffe de sa bouche pour voir s'il comprenait qu'il ne devait pas me décevoir :
« Au secours... ! »
Ma main se plaqua de nouveau sur son bec d'ingrat. Il était si mignon, il n'avait pas le droit d'user mes nerfs. Comprenant que son jeune âge ne lui permettrait, en aucun cas, de l'empêcher de hurler, je décidai de lui faciliter la tâche. Dans ma poche arrière, je sortis l'outil qui nous permettra d'avoir une entente commune. A sa vue, l'enfant gesticula en essayant de détourner le regard. Effectivement, la supérette du coin était en rupture de scotch, j'avais finalement craqué il y a deux jours pour une agrafeuse. C'était un mal pour un bien. Il n'allait pas me mettre en colère lors de ma recherche et ainsi il ne défiera pas mon autorité. De mes magnifiques doigts, j'empoignai ses lèvres pour en agrafer la totalité de sa bouche. Chaque fois que ma main pressait l’agrafeuse, un nouveau déferlement de larmes inondait son visage. Encore une fois, c'était un mal pour un bien. Un genre de compromis mutuel sans l'accord d'une personne. L'on pouvait qualifier mon acte de sauvage, mais les personnes intelligentes ne s’intéressaient point au détail. Cependant ce n'était pas un condamnable viole, simplement une enquête à résoudre. Ayant fini tant bien que mal à combler l'espace entre ses lèvres, je lâchais l'enfant pour le laisser se tordre de douleur. Je n'allais pas éternellement le regarder se débattre, ce n'était pas digne de ma personne. Je me motivais finalement à prendre ses deux mains pour y comprendre le mécanisme. Je devais y dénicher de nouveaux mots, de nouveaux indices pour avancer. Puis, la piste de la dissimulation apparut dans mon esprit. Les indices étaient des choses qui se méritaient ! Il fallait être rigoureux pour y trouver son dut. Je forçais avec mes deux mains tandis que l'enfant essayait de m’en dissuader. Bien que je manquais de forces, j'arrivai à lui déboîter la main. L'intérieur de la main était la clé, je devais poursuivre ma piste. Se salir les doigts étaient une chose pour arriver à ses fins, mais y mettre les dents prouvaient la détermination de l'enquêtrice que j'étais. Mâchouillant de toute mes forces son poignet je réussis finalement à lui arracher la gauche. L'enfant sous le choc perdit connaissance pour me permettre d'apprécier mon gain. Dans sa main, se trouvait une magistral plume. Elle était splendide, rayonnante. Une lumière pure s'en dégageait, je la sentais laver un peu de mon impureté. Mes yeux s'humidifièrent, je l’idolâtrais déjà, je la priais de me guider dans le droit chemin. Puis pendant que je la tenais, mon bras se dirigea vers mon autre avant bras, comme si la plume devait me graver la suite des indices. Finalement, l'angélique grava trois nouveaux mots pour m'indiquer la voie. « Maisonnette - Corps – Accident ». La suite était inscrite de mon sang. Je n'avais pas attendu pour rien, la coïncidence se trouvait être véridique. Contemplant avec innocence ma nouvelle cicatrice, je me voyais déjà donner mon cadeau à la personne que je recherchais. Je devais lui donner mon cœur, et avec ces nouveaux indices, je parviendrais à connaître son identité. Avec un impatient sourire sur le visage, je quittais le lieu de ma découverte pour de nouveau espérer devenir un être de pureté, une sainte.


Chapitre 5
Déchéance divine 3 : Assassiner mon destin.



      Avec l'agent de l'association, ma mère, qui me supportait de moins en moins, décida de m'envoyer à l'école. J'appris à lire, à écrire, à détester plus de monde. En effet, je me rendis compte dans mon plus grand malheur que j'étais célèbre. Il faut dire que l'affaire de mon père faisait toujours un peu de bruit. Or, on ne me traitait pas de meurtrière ou de psychopathe, on préférait me surnommer avec le petit nom que ma mère m'avait offert : « La Morte. ». Mes camarades me riaient au visage, me demandaient si j'allais me retrouver en enfer ou au paradis. Je ne daignais pas leur répondre, je préférais observer mon meilleur ami qui accompagnait mes journées. Il était toujours aussi grisâtre, mais il avait toujours aussi bonne mine. Lui, il ne me donnait pas de surnom. Il se contentait de m'écouter le complimenter. Il était beau, il était puissant, il chantait bien. Je l'aimais du fond du cœur.
Ainsi j'atteins l'âge de six ans, le début de la fin. J'avais commencé des périodes de crises d'épilepsie et des pertes de conscience chronique. Le médecin de l'école disait que mon corps avait parfois du mal à fournir mon cerveau en sang. Ma mère se fichait de cette nouvelle, elle lui demanda simplement la procédure la plus simple pour enterrer quelqu'un. Il lui montra des prospectus, elle imaginait la suite, mon meilleur ami ne supportait pas de me voir dans cet état.
J'étais pâle et avais du mal à tenir en équilibre. J'approchais de mes sept ans. Je passais beaucoup de temps dehors, je souhaitais rester plus longtemps avec le beau ciel gris qui surplombait le paysage. Je ne voulais pas le quitter. Ma mère souriait de plus en plus, elle disait que je méritais ce qui m'arrivait et que justice allait être rendu.
Or lorsque je m'apprêtais à faire mes adieux à mon ami, une ombre s'imposa devant moi. Je me souviens très bien de ce jour, ce jour où cet homme changea ma vie, pour le meilleur et pour le pire.
Dylan Kersberg, cardiologue de renom, eut vent de mon histoire de cœur. Il prit rendez-vous avec ma mère pour lui proposer un contrat. Elle refusa catégoriquement au départ. Mais l'homme qui se tenait face à elle avait plus d'un tour dans son sac. Et justement, il avait de très grosses liasses de billets à lui échanger. Ma « merveilleuse » maman s'empressa d'accepter son offre pour empocher les billets et exclama cette victoire par de douce parole :
« De toutes façons, cette chose est morte à mes yeux depuis sa naissance ! »
Ma mère était ravie, le docteur était ravi, le ciel s'emballait de cette nouvelle.
En effet, le marché était simple. Le docteur Kersberg devait m'implanter un cœur artificiel qu'il avait conçu lui-même, pour soigner les personnes souffrant du même handicap que moi. Or ce n'était qu'un prototype et il avait besoin d'un cobaye pour tester son invention. A l'âge de sept ans, je fus donc la première personne à posséder un cœur créé par l'Homme. Ainsi, le docteur m'expliqua que mon espérance de vie se prolongea un peu et que si tout allez bien je pourrais facilement atteindre la vingtaine. Le problème, qui n'en était pas vraiment un, était que je devais me rendre dans son cabinet toutes les deux semaines pour qu'il entretienne la chose métallique qu'il m'avait implanté.
Le docteur était très généreux. En échange de mon accord, il assurait les revenus de notre famille. De plus, l'association qui veillait sur nous disparue du jour au lendemain. C'était donc une opportunité en or. Je me demandais si l'on pouvait toujours me considérer comme « morte ». Il faut dire que je n'avais plus de cœur.
La nouvelle fit le tour de la ville et je pouvais continuer de rester avec mon ami qui déchaînait sa joie dans toutes les rues de la ville.



Peut-être qu'avec un cœur métallique mon entourage arrêterait de me haïrent ?



Les premières visites chez le docteur Kersberg étaient étranges. Il ne parlait pas beaucoup et moi je préférais observer mon ami par le hublot qui était face à moi. Mes pertes de conscience chronique s'arrêtèrent, je repris un teint normal et le docteur m'offrait toujours une friandise à la fin du rendez-vous. Il ponctuait toujours ses adieux d'un :
« Merci beaucoup Silly Mock, ce fut un plaisir de te recevoir! »
Je l'aimais bien, enfin à certains moments. En effet, certaines semaines, il paressait nerveux. Il avait toujours une balle en mousse verte, avec un grand sourire dessiné, qu'il pressait sans arrêt. Tout en m'observant, il marmonnait des choses incompréhensibles. Une ambiance morose s'installait, il faisait les cents pas et dévisageait le ciel en se collant au hublot. Je n'aimais pas cela, je voyais clair dans ses yeux qu'il détestait mon meilleur ami. Plus les semaines passaient et plus il avait l'air perturbé par quelque chose. Puis un jour il me demanda de rester. Je ne voyais pas pourquoi je ne devais pas accepter et il avait l'air de vouloir me demander quelque chose :
« Je ne vais pas y aller par quatre chemins. »
Après ses mots, il s'autorisa une courte pause pour reprendre son souffle et me tendit un tabouret puis un verre d'eau. Il pressait sa balle, à chaque instant je pensais qu'elle allait exploser dans ses mains. Le calme s'installa peu à peu après quelques regards brefs. Il prit place à son tour en face de moi et cessa de presser la balle en mousse. Il pleuvait des cordes ce jour-là, la pièce était plongée dans une ambiance solennelle. Le docteur se gratta la tête tout en m'observant, je voyais qu'il avait une chose délicate à me dire. Effectivement j'avais remarqué que son comportement avait changé depuis l'opération de mon cœur, quelque chose le rongeait, il avait besoin de vider son sac, il devait se confier à moi :
« Silly... Je dois savoir quelque chose. »
Ces mots résonnèrent dans la pièce, en accord avec les gouttes d'eau qui frappaient les différents hublots qui parsemaient la pièce. Je l'observais, il détournait le regard, il prit mes mains :
« Je voulais te demander, qu'as-tu ressentie quand je t'ai appris que je ne te sauvais pas la vie, mais que je la maintenais seulement ? »
C'est à cet instant que je vis pour la seconde fois la lumière, des larmes :
« Je ne veux pas que tu t'imagines que je n'ai rien fais pour te sauver ! Je suis désolé si je t'utilise comme pantin pour mes expériences ! Ta mort ne sera pas vaine ! Je t'assure que tu serres à quelque chose maintenant.»
Je comprenais sa réaction. Il faut dire que je n'avais pas la mine d'une enfant en pleine forme. De plus je ne parlais pas beaucoup et cela accentuait mon côté chien battu. En effet, il avait l'air de penser qu'il avait simplement reculé le moment fatidique, qu'il avait trafiqué le chronomètre du destin. Je ne savais pas trop comment réagir face à sa réaction. Je me contentais d'acquiescer ces lamentations, mais la lumière s'estompa peu à peu. Plus il parlait et plus je me fichais de ce qu'il me racontait. Effectivement, c'était un homme qui se reprochait quelque chose, ne pouvait-il pas le garder pour lui ? Pourquoi devrais-je écouter ses pleurnichements ? Pensait-il qu'il allait changer ma vie ou me faire sourire ? Menteur, ce n'était qu'un sale menteur ! Il ne pensait foutrement aucun mot qui sortait de sa gueule ! Mon ami était d'accord avec moi, il grondait de plus bel, jusqu'à faire trembler le bâtiment. Je n'avais pas besoin d'écouter sa pitié. S'il pensait que ma vie était de la merde, je n'avais pas besoin de l'entendre. Il n'avait rien à m'apprendre et je n'avais rien à comprendre.
Je m'étais donc mis à le fixer, à déchirer son âme de mon regard pesant. Et pour la première fois de ma vie, j'avais envie de dire quelque chose à quelqu'un, et il fut le premier à l'entendre :
« Ravalez votre merde. Étouffez vous avec. Taillez vous les veines et finissez-en. »
A cet instant, le ciel m'accompagnait. La foudre frappa plusieurs fois en rythme, comme pour renforcer mes paroles. Quant au docteur Kersberg, il lâcha mes mains. Mes paroles lui avaient comme arraché les sentiments qui parcouraient son visage. Il me fixait sans un mot, fixait la créature qui venait de lui parler. J'avais détruit quelque chose chez lui. Le temps était figé. Il baissa peu à peu la tête et s'excusa de m'avoir importuné. Et cette fois, je vis réellement la lumière disparaître. Des larmes, de vraies larmes coulaient sur son visage. Il criait de douleur, il pressait son cœur. J'avais détruit son petit manège de rachat de conscience. Il chialait ! Cet enfoiré avait enfin l'expression qu'il méritait ! Le désespoir. Il n'osait plus me regarder en face, mais ce n'était pas de la pitié. C'était de la peur ! Ainsi je m'éclipsais entre deux couinements de sa part. Fier d'avoir terrorisé un être inférieur. Il fallait me comprendre, la pitié était une chose, mais la pitié d'un être aussi misérable que lui était autre chose. Je commençais à découvrir qui j'étais petit à petit. J'étais heureuse, heureuse d'avoir pu montrer ma vraie nature, la vraie couleur de mon âme, la même couleur que mon meilleur ami.




Pourquoi avez-vous pitié des condamnés à morts ?



Chapitre 6
Déchéance divine 4 : Larmoyant.



      Bien entendu, je continuais de poursuivre mes consultations chez lui. Il n'y avait plus d’hypocrisie. Il m'entretenait, je partais. C'était les nouvelles règles du jeu. Plus de discours inutile, plus de regard dans les yeux. Seulement des regards vers le sol. C'était là où sa place était.
Ainsi à par cet incident mineur, j’eus la chance d'arriver au collège. Ma réputation me poursuivait toujours et mon surnom retentissait toujours dans les couloirs. Je me contre fichais de tout cela. J'avais un ami qui me soutenait, toujours aussi grisâtre que d'habitude. Il ponctuait mes journées et je le remerciais d'être toujours là pour moi.
Du haut de mes onze ans mon père sorti de prison. Il rentra à la maison couvert de bracelet de surveillance. Il était accompagné par l'inspecteur Florenstin Dalombre, c'était ce dernier qui se chargeait d'avoir un œil constamment sur mon père. M.Dalombre qui s'approchait de la quarantaine ramena mon père en soirée. Il expliquait à ma mère que sa sortie de prison était mal perçue par l'opinion générale et que c'était pour cela qu'il n'avait pas le droit de sortir de chez lui. Ma mère qui pleurait de joie prit mon père dans les bras, elle l'enlaça de toutes ces forces. Elle avait du mal à l'enlacer dû à son fauteuil roulant, mais ce fut bien la première fois que je la voyais autant se battre pour se lever. Bien entendu, racontait comme cela, cette retrouvaille avait des airs de film romantique, or la lenteur de l'action ponctuait un sentiment de malaise. Après quelques minutes, il la lâcha et me fit face. Il fallait dire que j'étais toujours en vie. Et pour lui c'était un gros problème :
« Ils ne t'ont pas ouvert les portes de l'enfer ? »
Murmura-t-il avec un ton sec digne d'un meurtrier.
Je n'avais guère envie de répondre à un être aussi pitoyable. Je me contentais de soutenir son regard rempli de haine qu'il avait entretenu en prison. Il me dégoûtait, je le hantais, le ciel se déchira face à l'apparition de cette être.
M.Dalombre qui avait fini de discuter avec ma mère prit congé. Avant de partir, il insista bien sur le fait qu'il ne devait sortir en aucun cas. De toutes façons, s'il franchissait le pas de la porte il recevrait un coup de jus de la part des quatre bracelets qui étaient disposés sur son corps. Il les gratifia d'un au revoir simplet et pris la direction de la sortie. En sortant de l'immeuble il me rencontra, j'étais sur un banc près d'un arrêt de bus. Je discutais de la venue de mon père avec mon ami :
« Vous n'avez pas froid dehors avec cette pluie ? »
Il était assez imposant, avec une morphologie carrée, un vrai inspecteur, comme dans les films. Il avait un chapeau noir ainsi qu'un long manteau beige. Il se tenait à ma gauche et insista du regard pour avoir une réponse de ma part. Sa question ne méritait pas de réponse. Je prenais simplement du bon temps avec mon ami. Il me dévisagea, il essayait de lire dans mes pensées
« Tu n'as pas l'air ravie de voir de ton père rentrer. »
Il supposait bien. C'était lui et ma mère qui m'avaient donné le surnom de « La Morte », c'était lui qui avait créé cette pitié qui me définissait constamment. Il ouvrit son parapluie au bout de quelques instants, puis regarda le ciel avec moi :
« Cet homme, il te hait bien plus que tu ne le penses. Si tu as des ennuis pense à venir me voir. »
Après ces paroles crues, il me tendit sa carte et remonta la rue à pied. C'était la première fois que je rencontrais une personne réfléchie, qui savait dire les choses dures, mais vraies. Il pleuvait, je rentrais, je me mis à dessiner, j'avais beaucoup de stylo rouge, je dessinais la relation future entre moi et mon père.




Pourquoi les parapluies protègent-il les gens de mon ami.




Mon père n'était pas violent à mon égard, enfin pas physiquement en tout cas. Il se contentait de m'ignorer ou de ponctuer des injures sur ma personne. Les chansons de ma mère reprirent à n'en plus finir :
« Plus de cœur, on veut que tu meures ! »
Deux années plus tard, mon état de santé était stable et la pluie continuait de guider mes pas.
Or un jour, lorsque je sortais d'une consultation de chez le docteur Kersberg, l'inspecteur Dalombre me barra le chemin :
« Bonjour Silly, suis moi. »
J'aimais bien son côté direct, il ne perdait pas son temps avec les modalités ou les politesses. Sans me poser de questions je le suivis jusqu'à sa voiture. Il m'ouvrit la porte et me fit signe de m'installer. Le cuir du siège était chaud, la voiture était sans doute équipée de fauteuils chauffants. Je pris place lentement, il prit place rapidement, le moteur s'alluma et nous étions déjà en route pour une destination qui m'était inconnue. Le trajet fut long et silencieux. En effet, il était concentré à conduire et sa voiture isolait le son mélodieux de mon ami. Au bout de quelques minutes de trajet, il se gara en face d'une grande maison, digne d'un inspecteur. Il m'invita à rentrer et sorti des couverts pour dresser une table à manger. Il était très classe, sa maison aussi, il y avait peu de bazar. Le seul problème était encore une fois sa maison qui ne permettait pas de me faire entendre le son de la pluie. C'était comme si nous étions séparés pour la première fois de ma vie.
Le repas était copieux, aucune discussion n’émana du repas. Ce n'était pas tous les jours que je mangeais autant de bonnes choses. Or plus le repas arrivait à son terme, plus je savais qu'il avait quelque chose à me dire. J'espérais simplement qu'il n'allait pas se mettre à pleurer comme ce déchet de Kersberg. Le dîner prit fin, il débarrassa tout et nettoya la salle à manger avec rigueur. Pendant ce temps, je m'étais agenouillée près d'une grande baie vitrée pour montrer des signes de vie à mon ami. Je lui murmurais que j'allais bien et qu'en aucun cas il n'avait pas à s'inquiéter. Puis une main rugueuse se posa sur mon épaule :
« Suis moi je te pris. »
Le ton de sa voix penchait vers l'obligation mais je n'avais guère l'intention de me poser des questions. Je m'exécuta et il me fit comprendre de rentrer dans une pièce au fond d'un long couloir. La décoration était rustique, avec une touche de simplicité. Sa maison ne laissait transparaître aucun sentiment, enfin aucun que je connaissais. J'étais face à la porte en question. Elle était banale, quoiqu'assez mystérieuse. Il était positionné derrière moi, il attendait une réaction de ma part. Naturellement, je posa ma main sur la poignée pour ouvrir. La pièce était sombre, je ne distinguais pas grand chose, puis la lumière fit son apparition quand il appuya sur l'interrupteur. La pièce n'avait aucun rapport avec le côté ordonné du reste de sa maison. Il y avait des documents par centaines empilés les uns sur les autres, des cadres en liège parsemés de schémas et de files rouges. Or, le thème de la pièce fut ma plus grande surprise. Il y avait certes beaucoup de symboles, tous les mêmes, ils étaient rouge et noir, une genre de goutte à la fois rougeâtre et assombrie par un noir ténébreux. Mais il y avait surtout des photos de mon père, il était bien plus jeune, sûrement au moment de ma naissance, voir avant. Une sensation rugueuse se refaisait ressentir encore une fois sur mon épaule. C'était l'inspecteur qui, sans me regarder, m'expliqua la situation :
« Jacques Mock, ton père. Comme tu dois le savoir a massacré son patron il y a dix ans. Le problème n'est pas le fait qu'il ai tué quelqu'un, c'est plutôt la façon dont tout cela s'est déroulé. »
Il retira la main de mon épaule d'un mouvement sec pour prendre deux chaises bloquées par plusieurs documents. Il les positionna face au bureau imposant qui était le centre d'attention de la pièce et me fit signe de m'asseoir à ses côtés. Je m'exécuta sans broncher. Il prit un stylo, puis une feuille. Tout en continuant à poser des regards à la fois durs et crus sur ma personne, il reprit le fil de son explication :
« Le patron en question a été compliqué à reconstituer. En effet son corps a brutalement été découpé en morceaux. Or voilà le problème... »
Il marqua un temps d'arrêt pour fouiller sur le bureau pour prendre quelques photos. J'admirais son ton cru, il savait que je n'avais pas l'âge d'écouter des choses pareilles, mais n'essayait pas de m'épargner les moindres détails :
« Lors de la reconstitution du corps il manquait certains organes. Le cœur, le cerveau et j'en passe. Mais le plus étonnant était la disparition des glandes lacrymales. Elles permettent aux yeux de sécréter du liquide lacrymale, des larmes. »
Il défila sous mes yeux les différentes photos du crime, elle me faisait penser aux dessins que je faisais de mon père. Elles étaient rouges et évoquaient chez moi un sentiment de repos. Chaque photo qui défilait, stimulait mon imagination. A peine j’eus le temps de prendre mon pied, qu'il me les retira pour les ranger :
« Cette affaire a fait beaucoup de bruit, son patron était quelqu'un de très connu dans la ville. Mais le plus étrange est la suite. »
Avant de me dévoiler la suite, il prit une position étrange, c'était un mélange entre la position du penseur et celle d'un mannequin qui défilait. Sa respiration était froide et parvenait jusqu'à ma peau
Je l'observais, il pensait, le ciel s'assombrissait :
« Après l'arrestation de ton père, la ville recensa plus de meurtres que d'habitude. C'était le même mode opératoire. Pas le fait de la disparition des organes, je parle bien du fait de l'ablation des glandes lacrymales. Or ton père était derrière les barreaux. A aucun moment il ne pouvait effectuer tous ces meurtres... »
Je ne voyais pas où il voulait en venir. Il ne cessait de se lever, de reprendre sa position bizarre. Puis au bout de quelques instants, il pointa du doigt le symbole rouge et noir qui était accroché sur sa droite :
« Larmoyant, un mouvement religieux qui tend plus vers la secte que vers une simple croyance. Ils ont fait leur apparition peu de temps après l'arrestation de ton père. De plus, les meurtres ont commencé à affluer au début de leur création. Il y a une forte corrélation entre ton père et eux. »
Il reprit son souffle et se rassit pour marquer un bref temps d'arrêt. Il lança finalement :
« Ton père a créé un mouvement, la mort d'un grand homme comme son patron a dû créer dans la foule certains admirateurs. Or, le problème n'est toujours pas là ! Depuis peu, ils arrêtent de s'en prendre aux simples chefs de grandes entreprises, ils tuent des innocents par dizaines. Il semblerait que le leader de ce groupe ait changé ses objectifs. Et comme par hasard c'est au moment où ton père sort de prison! Je l'ai pourtant surveillait tout ce temps ! Mais je n'ai rien trouvé... »
Un calme s'installa peu à peu. Cela avait l'air de beaucoup le préoccuper. Il avait besoin d'un confident. Mais pourquoi la fille de la personne qu'il soupçonnait ? Il faut dire que je ne tiens pas mon père dans mon cœur, mais il prenait d'énorme risque :
« Je ne te demanderais qu'une seule chose, si tu ne veux pas avoir du sang sur les mains, tiens moi au courant si tu vois des choses louches. »
Nous y voilà, son ton commençait peu à peu à ne plus me convenir. Je n'avais rien à foutre des agissement de mon père. Je souhaitais simplement passer du temps avec mon ami. Il me retendit sa carte et me raccompagna chez moi. J'avais beaucoup à réfléchir pendant le trajet du retour. Tout d'abord mon père avait créé, de son plein grès, une secte. A la base elle tuait que de simples chefs d'entreprise, mais depuis le retour de mon père elle changea ses méthodes. J'avais beaucoup de choses à avaler, mais je me fichais un peu de tout ce qui concernait mon père. Je réfléchissais, il me raccompagnait, il savait que je haïssais mon père.




Pourquoi me considère-t-il comme son égal ?



Chapitre 7
Déchéance divine 5 : Mon bien aimé.



      Tout semblait s'être stabilisé dans ma vie. Je passais beaucoup de temps avec le ciel, j'allais en cours et je continuais mes dessins où je mettais en scène mon père avec beaucoup de teintes rouges. Puis un jour, un garçon m'adressa la parole. Il n'avait pas l'air très à l'aise à l'idée de me parler. La plupart du temps, il venait s'asseoir à côté de moi le midi pour manger. Je ne remarquais pas sa présence la plupart du temps, j'étais plus occupé à discuter avec le ciel et à observer ses caprices qu'à écouter ce sale gosse. Il s'appelait Mickael, il faisait parti de ma classe. C'était un garçon un peu en marge comme moi. Le problème était qu'il commençait réellement à polluer ma vie de sa présence. En effet, il me privait de beaucoup de moment avec mon meilleur ami. Il se contentait de gémir à côté de moi tout en cherchant des sujets de conversation qu'il poursuivait seul. Je n'avais pas pour habitude de parler aux gens, mais l'heure était grave. Je lui ai donc proposé d'avoir un rendez-vous avec lui en échange qu'il me ficherai la paix ensuite. Je n'ai jamais vu un sourire aussi difforme de ma vie. Par exemple, lorsque ma mère chantait des chansons en mon honneur, son sourire montrait sa conviction. Celui de Mickael me faisait plus penser à un rat mort.
Le lendemain il s'exécuta donc pour m'emmener chez lui. La pluie coulait tranquillement pendant le déplacement. Il semblait habiter dans un lieu assez reculé de la ville, il y avait peu, voir aucune maison autour de chez lui. On avait bien mis une heure à pied pour venir et il suait déjà comme un phoque. A peine arrivés chez lui, la pluie s’intensifia.
La maison de ses parents était assez petite, enfin pas assez grande pour trois personnes. Cela n'était pas l'élément le plus bizarre. Il n'y avait aucune trace de ses parents. La maison ne comportait pas de fenêtre. Ainsi, à peine j'eus tourné le dos que Mickael se précipita vers la sortie. Il s'attendait sûrement à me voir le poursuivre, mais je restais plantée là à regarder cette raclure fermer la porte à clé juste derrière lui. Le silence s'imposa de lui même. Je m'avançais à tâtons vers un interrupteur et l'actionna. La lumière engloba la noirceur des trois pièces qui composaient cette « maison » qui avait plus des allures de piège à rat. Je ne paniquais pas. J'avais pour habitude d'avoir le sang froid. Le plus rassurant était le tonnerre qui grondait à l'extérieur. Mon ami n'aimait guère la tournure que la situation. Je me rendis vite compte que cette maisonnette avait de quoi loger une personne. Il y avait un frigo, un congélateur, un lit, des toilettes et j'en passe. Or il n'y avait qu'une seule entrée et elle était verrouillée. Je décida donc de m'approcher de la porte. Mickael était toujours là :
« Tout va bien Silly. »
Répétait-il frénétiquement. C'était assez ironique d'avoir été piégé par le rat. Il m'annonça qu'il y avait de quoi manger dans le frigo et que si j'avais besoin de quelque chose je pouvais lui demander. Je sentais dans ses paroles qu'il était heureux. Fier d'avoir capturé une créature dans mon genre. Je pouvais sentir sa répugnante joie jusqu'à l'intérieur. Il m'aimait, je commençais à le détester, le ciel se déchirait.
Il revint deux jours plus tard dans la soirée. Il me demanda si j'allais bien, si j'étais heureuse avec lui. Bien sûr ses questions étaient rhétoriques, il savait toutes les réponses à l'avance et les modifiait à son goût, pour créer un amour charnel entre nous deux. Bien entendu je ne lui répondais jamais, j'étais plus occupé à rassurer mon ami que tout allait bien.
Mickael ponctuait souvent ses fins de phrases de gémissements assez étranges qu'il faisait avec sa bouche. Il ne parlait que de notre mariage, des enfants que nous aurions. Il était fou amoureux de moi, mais pas dans le bon sens :
« Il y a un cadeau pour toi dans la maison... j'espère qu'il te plaira... »
Après ce bref échange, il se leva et promit de revenir le lendemain. Quand à moi je n'avais pas la moindre idée de ce qu'il avait pu m'offrir. La recherche fut longue et méthodique, mais sous mon nouveau lit il y avait une boite. Tout en mangeant des raviolis en boîte, j'observais cette étrange contenant. Le ciel grondait, mon ami n'était pas rassuré. Puis j'ouvris la boîte. Il y avait un cœur. Un vrai cœur. C'était donc cela la folie. C'était un cœur de taille humaine, il devait sûrement appartenir à un de ses parents. Il était mal conservé et avait pris des couleurs verdâtres. Je le touchais, le tripotais. J'aimais bien sa texture, sa forme. Je me disais que si j'en avais eu un aussi beau je ne serais sûrement pas là.
Le lendemain Mickael était de retour. Il parlait toujours en mon nom quand il discutait tout seul. Il parlait d'organiser notre lune de miel dans un grand hôtel, seulement tout les deux. Il marquait plus de temps d'arrêt que les fois précédentes. Il voulait me dire quelque chose. A l'instant où j'avais fait cette conclusion qu'il se lança :
« Tu es mieux avec moi... personne ne te recherche ! Pas même tes parents ! Tu ne veux pas me quitter j'espère ? »
Puis il répondit à ma place, comme quoi mes parents ne m'aimaient pas et que je voulais devenir sa femme. Il n'avait pas tord sur un point. Mes parents ne m'aimaient pas, le reste n'était que pure spéculation d'un sale rat ! Au bout de quelques heures, il m'annonça que la cérémonie de mariage était presque fini et que demain nous pourrions nous marier. J'étais très calme à l'annonce de cette « merveilleuse » nouvelle. Il parti, je m'étais mis en quête d'en finir, le ciel me soutenait de tout son être.
C'était à partir de ce moment là que mon imagination s'enclencha. Je voyais des choses que je ne pouvais voir avant. Je me voyais prendre une latte du lit pour lui enfoncer dans le crâne. Je me voyais lui arracher les yeux avec la cuillère de la cuisine. Je m'imaginais tout un tas de scénarios lucides où j’œuvrais pour ma liberté. Je devais m'exécuter ! Mes visions s'intensifiaient ! Le ciel accompagnait mes délires d'une pluie torrentielle ! Je devais le faire, faire ce que j'ai toujours voulu faire ! Je savais que ce jour arriverait ! Tout cela n'était qu'un test ! Tu me testais pour savoir jusqu'où j'étais prête pour te revoir ! Tu savais que j'attendais se moment depuis longtemps. Je devais le faire pour toi ! Mon meilleur ami.
Je m'étais préparée toute la nuit, mes visions m'avaient montré comment j'allais procéder. Ainsi j'avais coupé puis taillé le pied d'une chaise. J'avais éteint la lumière et m'étais cachée dans la chambre pour l'attendre. Mes pronostics se confirmèrent quand j'entendis la voix de ce sale rat retentir à l'entré. Il disait qu'il était impatient de me revoir, impatient de vivre pour toujours à mes côtés. J'étais calme, toujours aussi calme, ce calme qui me caractérisait tant. J'attendais qu'il fasse son apparition. La pluie tambourinait le ciel ce jour là. C'était le jour de la grande épreuve. La porte s'ouvrait, j'attendais, je ne pensais qu'à revoir mon meilleur ami, j'étais prête à ne pas le décevoir.




Pourquoi veulent-ils tous nous séparer ?




J'attendais patiemment dans un meuble de la chambre où, par une fente, j'avais une vue sur le couloir. J'étais assez bien cachée et j'avais nettoyé toutes les traces de ma présence dans la maisonnette. Je pouvais sentir qu'il approchait. Or, une chose perturba mon enthousiasme. La pluie se calma d'un coup pour me permettre d'entendre l'horreur. Mickael n'était pas seul. J'entendais deux créatures qui haletaient, sûrement deux chiens. Puis je le vis passer, avec son regard gorgé de sang. Mickael était bien accompagné de deux chiens, ils étaient petits mais avaient l'air assez gaillards. Leurs crocs étaient visibles et Mickael me suppliait de me montrer à lui. Je ne respirais plus, je devais garder ma concentration. L'atmosphère s'assombrissait peu à peu. Mickael se mit à renverser les meubles pour me chercher, il criait et pleurait à la fois. Enfin, il se décida de lâcher les chiens pour me rechercher.
« Trouvez-là ! Le mariage nous attend ! »
Effectivement, les chiens s'exécutèrent et partir dans des directions opposées. L'un passa dans le couloir pour se diriger vers la cuisine, le second s'empressa de rentrer dans la chambre. Mon meilleur ami était un petit coquin, il savait que j'allais charcuter facilement ce petit rat qu'était Mickael. Mon meilleur ami m'avait surestimé, mais j'étais prête à faire l'impossible pour le revoir. Le chien s'avança prudemment dans la pièce teintée par l'obscurité. Je le voyais, il ne me sentais pas. J'avais recréé un scénario, je savais ce que j'avais à faire. Tout était limpide, ces visions allaient de permettre d'en finir. Le chien avait pratiquement fini de renifler l'entièreté de la pièce. Il ne restait plus que le meuble où je m'étais cachée.Il le regarda, puis je sortis de ma cachette en brandissant mon pieux dans sa direction. Or, il m'avait prit de court. Je n'avais pas pour habitude de me battre, mais le chien savait s'y prendre. Il s'empressa de me bondir dessus pour me de planter ses crocs dans la chair de mon bras. Oui, enfin, je ressentais un nouveau sentiment ! La douleur pure et dure. Cela m'excitait, cela me stimulait ! Je me relevai, le chien toujours accroché à mon bras, puis, d'un mouvement sec, je le projetai dans le décor. A peine j'avais eu le temps de goûter au plaisir intense qui parcourait mon corps qu'il revenait à la charge. C'était à ce moment précis que tout commença. Le ciel s'obscurcit de plus belle. Une fine pluie se faisait entendre. Et le chien vit ce visage qui avait traumatisé Kersberg.
« Je risque de te tuer. »
Le chien s'arrêta dans son élan, il était apeuré. Il faisait face à une créature, pas une créature enragée, loin de là. Une créature au sang froid, qui retire l'espace d'un instant tout sentiment à une personne, même à un animal. Je lui sautai à la gorge. Je le plantai à plusieurs reprises dans le cou avec mon pieu qui avait pris de rouges couleurs. Ensuite, après avoir tué l'animal, je ne pouvais plus m'arrêter. Ces muscles ne semblaient plus réagir, mais je continuais. Ces yeux ne semblaient plus rien regarder, mais je continuais. A force que mon pieu se plantait dans la chair de son cou, la pluie s’intensifia pour m'accompagner. Mon meilleur ami soutenait mon acharnement sur la créature morte depuis déjà plusieurs secondes. Puis sa tête se coupa en deux. Il n'y avait plus qu'un chien, il y avait deux morceaux distincts. La pluie reprit de plus belle, le ciel grondait ! Il m'applaudissait ! Il applaudissait qui j'étais ! Il applaudissait l'être morte que j'étais !




Pourquoi mes visions sont-elles si rouges ?




Le bras ballant, je me rendis compte bien assez vite que je me vidais de mon sang. Jamais de ma vie je n'avais ressenti de telles émotions. L’excitation, l'émerveillement, l'empressement, le désir et j'en passe ! Mon bras, couvert d'un liquide rougeâtre, réveillait chez moi un plaisir intense. J'étais repérée, Mickael connaissait ma position, mais je ne pouvais plus bouger ! Je savourais le moment présent, je contemplais la plaie profonde sur mon bras droit, je la dévisageait pour en voir toute la beauté qui en émanait. Mon rythme cardiaque s'accéléra et mes pulsions s'emballèrent de plus belle. Mes visions s'accéléraient à mesure que les bruits de pas de Mickael s’approchait du seuil de la porte. Je me voyais lui accorder le même sort qu'à cette bestiole que j'avais soigneusement charcutée. La pluie battait son plein, m'accompagnait dans mon délire.
Enfin, il était là, face au spectacle que je lui proposais. Mickael ne bougeait plus, il tremblait. Le rat se rendit compte qu'il n'avait pas capturé une souris, mais bien pire. Je lui faisais front, avec la tête d'une de ses bestioles dans les mains. Après avoir avalé sa salive, il annonça d'une voix tremblotante :
« P...p...pourquoi...? M.Murphy était un invité d'honneur pour notre mariage. »
Il devait sûrement parler du cabot. Je dois dire qu'il avait de l'imagination ! En tout cas, pour un invité il avait été plutôt agressif en voyant la mariée. Mais maintenant peut-on réellement parler « d'invité d'honneur » ? Tout ce que je voyais, c'était deux morceaux séparés, deux carcasses sans intérêt si elles ne n'étaient pas rassemblées.
Le second chien se rajouta finalement au spectacle, en me voyant positionné au dessus des restes de son compagnon, il n'hésita pas une seconde pour me foncer dessus. Or, il était peut être guidé par ses pulsions animales, mais il se stoppa net devant moi. Il fallait dire que n'importe qui aurait réagi de cette façon. En effet, mon positionnement méritait quelques questionnements. Mon bras, qui était alors recouvert d'un liquide visqueux, était positionné devant moi. Je voulais qu'il me morde ! Je voulais ressentir à nouveau cette sensation ! Mon visage n'exprimait qu’un sentiment, l'envie. Je voulais qu'il plante ses crocs dans ma peau. Je voulais la sentir se morfondre face à la force de sa gueule ! La créature que je devenais le terrorisait, et pourtant, ce n'était qu'un bête animal. En voyant que je perdais mon temps, je fis le premier pas. J'étais devant lui, mon arme à la main, personne ne bougeait. Je m'agenouillai et dans un espoir de bonne volonté de sa part, lui retendit mon bras ensanglanté :
« Mange. »
Mes paroles avaient comme déchiré le temps. Mickael trébucha en reculant, les larmes aux yeux. Il n'avait sans doute jamais vu une telle chose.
J'étais gavée, le chien ne bougeait toujours pas, il se contentait de gémir. Triste et inutile jouet. Je décidai donc de lui asséner le premier coup. Dans un grand et sec mouvement, je lui avais tranché la moitié du cou. L'inutile bestiole s'effondra par terre tout en vomissant du sang, beaucoup de sang. Le liquide rouge s’étalait à une vitesse inimaginable. J'admirais le spectacle qui me proposait, Mickael essayait de se relever tant bien que mal. Il beuglait des choses incompréhensibles, il chouinait, il commençait enfin à comprendre. Pour ma part, j'étais fier d'avoir rencontré ce garçon. Il me permit de comprendre qui j'étais, ce que j'étais capable d'accomplir, capable de ressentir ! Je pris appui sur le sol pour me lever lentement. Mon bras était un vrai ruisseau rouge. Des spasmes nerveux se liaient au sang de mon bras. J'aimais ça. Mes pas étaient lents, guidés par la foudre que mon ami abattait autour de la maisonnette. L'épreuve qu'il m'avait proposé arrivait à son terme. Il ne restait plus qu'un rat à écraser. D'un bond vif, je me rapprochai de lui. L'expression de son visage n'avait pas de mots pour être décrite. Il ne respirait plus, il retenait son souffle. Mes visions avaient vu juste, elles m'avaient guidé à ce moment ! Je vais pouvoir revoir mon ami grâce à elles. Mon pieu se plongea donc dans sa bouche, puis dans sa gorge, puis ressorti dans une pluie sanglante. Je fus aspergée de ce liquide qui recouvrait mon visage. Je le sentais dans ma bouche, mes yeux, tout les orifices qui avaient été exposés par cette fontaine bordeaux. Le rat s'écroula, je tremblais de plaisir, je voyais la sortie, je sentais mon ami qui m'attendait, je chuta dans ma course. J'étais à présent allongée, dans un bain chaud, la tête tournée vers le ciel que je pouvais apercevoir. Je revoyais ses gouttes de joie, je l'aimais, je sombrais.




Pourquoi avais-je froid et chaud à la fois ?

Chapitre 8
Déchéance divine 6 : Je te vois enfin ! Je t'aime !



      Il faisait sombre, une lueur s'introduisait de part et d'autre du couloir. J'étais face à une porte, grande, imposante. Elle était magnifique, ornée de gravures symbolisant de larges nuages. Je n'osais pas entrer, j'avais peur de... de voir ce qu'il y avait à l'intérieur. Me grattant les mains en signe d'inconfort, je décidai de me reprendre. Ce n'était qu'une simple porte, pourquoi avais-je si peur de l'ouvrir ? C'en était assez ! Je devais voir ce qui se trouvait de l'autre côté ! D'un geste brusque, ma main se rapprocha de la poignée. Or, un détail me stoppa dans mon élan. C'était mon reflet, mon reflet dans la poignée. J'étais coiffée, bien vêtue, j'étais belle. Je n'avais pas pour habitude de prendre soin de mon apparence, mais il fallait avouer que ma tenue était époustouflante. Je prenais plaisir à observer cette jolie jeune fille que j'étais. Mon visage était fin, mes joues étaient roses, j'étais d'une pure beauté.
Ainsi je me plongeai pendant quelques minutes à me contempler, à voir ce que j'étais devenue. Puis une voix résonna. Elle était à peine audible, elle provenait sûrement de l'intérieur de la pièce. Je ne savais pas quoi faire. J'étais prise au dépourvu ! Il y avait quelqu'un et il savait que j'étais juste derrière cette porte. En signe d'auto défense, j'essayais d'attraper mon pieu en bois pour me protéger. La seule chose que j'attrapais était les plis de ma jolie robe. Je n'étais pas rassurée ! Je commençais à paniquer ! La voix retenta de s'entretenir avec moi :
« La porte est ouverte, tu peux rentrer. »
J'avais eu un choc. Je ne connaissais pas cette voix, mais elle m'était si familière. Ces paroles me chamboulèrent bizarrement, c'était décidé, je devais rentrer ! Ainsi ma main se positionna sur la poignée pour la tourner. Il ne me restait plus qu'à pousser la porte. J'étais toujours sur mes gardes, prête à affronter le moindre obstacle. D'un mouvement sec, j'entrai dans la pièce pour surprendre la personne qui allait me faire face. C'était un homme, il avait l'air de se rapprocher de la trentaine. Il était bien habillé, chemise, cravate, chaussure cirée. Il était assis sur une chaise bien rembourrée, et avec sa main, m'indiqua le siège qui se tenait devant lui. La pièce avait du charme, c'était bien la première fois que quatre murs m'inspiraient d'aussi doux sentiments. Les couleurs étaient pâles mais transmettaient beaucoup de fraîcheur. Pas à pas, je m'avançai vers la position qu'il m'indiquait.
Après avoir pris le temps de ne pas être tombée dans un piège, je pris place :
« J'avais hâte de te rencontrer tu sais, je voulais m'entretenir avec toi depuis longtemps. »
Ainsi, après ses courtes paroles, je constatais une chose que je ne pensais jamais voir dans ma vie. Cet homme, que je n'avais jamais vu, me... me souriait. Son visage respirait la bienveillance, les battements de mon cœur s'accélèrent, c'était trop beau pour être vrai ! Je le dévisageais, j'essayais de comprendre la ruse qu'il employait pour m'attaquer en traître. C'était sûrement une technique pour me fragiliser et me poignarder. Les questions à son sujet défilèrent dans ma tête tandis qu'il me caressait du regard. Il prit mes mains et les serra fort. Les siennes étaient chaudes et déclencha chez moi une bouffée de chaleur. Je ne savais pas où me mettre. Je n'arrivais plus à me concentrer. Je rougissais. L'homme se pencha et mis sa main sur ma joue. Mon regard était plongé dans le sien, dans ses beaux yeux bruns. Après cet instant d'échange, il se rassis sur son fauteuil :
« Tu ne me reconnais pas ? »
Dit-il tout en caressant le peu de barbe qu'il avait. Si j'avais connu un homme aussi beau et attentionné, je m'en serais souvenu. Je n'avais aucun souvenir de cette personne. Il vit dans mes yeux que sa question m'avait quelque peu déstabilisée. Il décida donc d'éclaircir sa voix pour me décliner son identité :
« Je t'ai pourtant accompagné, bercé, écouté. J'ai toujours voulu ton bien, j'ai toujours étais là dans les moments difficiles. Et je serai toujours là pour toi ! »
Mon cœur s’emballa de plus bel. Je sentais que mes yeux s'humidifiaient à longueur qu'il me contait sa vraie nature. C'était lui mon ami de toujours, la personne qui, jamais dans ma vie, n'avait cessé de me chérir ! C'était le ciel ! En chair et en os. Au moment où j'eus le déclic, mes jambes agirent d'elle même ! Je l'enlaçai les larmes au yeux. Je ne m'arrêtais pas de pleurer. Pour la première fois nous inversions nos rôles. Je pleurais, il me chérissait, il m'aimait, je voulais le serrer plus fort.
Tout en riant à ma réaction, il sécha mes larmes avec un mouchoir qu'il sorti de sa poche. J'étais dès a présent sur ces genoux. Je regardais l'homme merveilleux qu'il était, il me complimentait sur mes vêtements, sur ma beauté. Jamais je n'avais été si heureuse. Je lui souriais, il me le rendait. Après quelques minutes de discussions fortes en émotions, il posa sa main sur mes cheveux. Il les caressait doucement, dans le sens du poil. J'étais aux anges.
« Tu vas bientôt devoir partir. Ce n'est pas moi qui l'ai décidé. Mais tu dois t'en aller te faire soigner au plus vite. »
Je n'essayais pas de comprendre le sens de ses paroles, seul le ton apaisant de sa voix me suffisait. Puis mon bras se mit à trembler. Le visage du ciel s'éloigna peu à peu.
« Je reste avec toi, ne t'en fais pas. »
Murmura-t-il tout en s'évaporant doucement. J'essayais de l'attraper ! Il n'étais plus que vapeur d'eau. Mon bras envahit de spasmes, il se remit à saigner. Un gouffre de sang s'ouvrit sous mes pieds. Je chutais tranquillement, puis brutalement la gravité semblait s'être intensifiée ! Je tombais à une vitesse folle, dans ce gouffre rempli d'un liquide rouge sanglant.
J'ouvris finalement les yeux. Mes vêtements avaient absorbé le sang qui entourait mon corps. J'étais revenu à moi-même, j'avais quitté la demeure de mon ami. Je me relevai, mon ami chantait de plus bel notre rencontre d'une pluie énergique.




Pourquoi ne voulais-tu pas que je reste avec toi ?

Chapitre 9
Déchéance divine 7 : Dépression nuageuse.



      La maisonnette avait pris de ternes couleurs. Que ce soit le sol ou les murs, ils étaient recouverts d'un rouge sec, presque noirci. Je prenais appui sur le mur, je m'avançais pour atteindre l'immonde déchet qu'était Mickael. Il était toujours là, par terre, avec son visage apeuré. Je déchira un morceau de son t-shirt qui ne baignait pas dans son sang pour faire un garrot à mon bras. Le sang coulait moins, j'avais fait barrage au fleuve rouge qui s'écoulait hors de moi. Les chiens, enfin le chien et les deux autres morceaux n'avaient pas bougé d'un poil. La pluie était audible, elle était belle, relaxante. J'avais de nouveau une mission. Me soigner, ranger tout ce merdier et retourner le voir. Le rencontrer une nouvelle fois, pour lui sourire, pour le regarder à nouveau dans les yeux. Mes ambitions étant claires, je me mis en route pour le cabinet de Kersberg. En sortant, la pluie lavait les traces rouges qui recouvraient mon corps. Le trajet fut très long, je manquais à plusieurs reprises de m’effondrer, mais le son de la foudre stimulait en moi une dose d'adrénaline qui poussait mon corps à dépasser ses limites. Une heure plus tard, j'étais devant le cabinet. J'avais pris soin de ne croiser personne pour ne pas éveiller de soupçon à mon sujet. Ma vue commençait à se flouter, je tenais à peine debout. Ma main se dirigea vers la sonnette, doucement. Quand tout à coup, je fis un pas de côté ! Une personne sorti à toute vitesse, je reconnu directement son manteau. C'était l'inspecteur Dalombre. Pourquoi était-il ici ? Il discutait avec Kersberg, je n'arrivais pas à entendre leur dire. Puis la porte se ferma et M.Dalombre monta dans sa voiture, or ce qui m'inquiétait était la direction qu'il avait pris. Il fonça vers l'endroit où j'avais été enfermée ! C'était simple, il n'y avait qu'une seule route pour y aller, et il l'emprunta sans hésitation. Je devait agir vite ! Je ne sentais déjà plus mon bras gauche, et ma vision me jouait des tours. Je m’empressai de toquer chez Kersberg. A peine eu-t-il le temps d'ouvrir la porte et de m'apercevoir qu'il essayait de la fermer. Par chance, il était faiblard et même dans mon état il me fut facile de rentrer malgré son opposition :
« Sort de là ! Je ne veux pas de problème ! »
Après ses mots, il tenta de me rattraper. Je boitais le plus vite possible vers la pièce où il s'occupait de mon cœur. Je me souvenais qu'il y avait plein de pilules, il devait sûrement y avoir de quoi me soigner. J'atteins tant bien que mal la salle en question, Kersberg beuglait des choses incompréhensibles en me poursuivant. Je m’appuyais sur une chaise roulante pour limiter mes déplacements. L'autre abruti était derrière moi en train de reprendre son souffle et me surpris en me fonçant dessus pour m'arrêter :
« Je ne sais pas se que tu fous ici ! Mais je n'ai rien avoir avec tout ça ! »
Comme à son habitude, il me parla en me pleurant dessus, c'était lamentable. Pour ma part, je comatais devant ses yeux. Il disait qu'il ne pouvait pas me soigner, car Florenstin avait déjà trop de soupçons sur lui, que je devais partir sur le champs et aller à l’hôpital le plus proche. Or, il n'avait sans doute toujours pas comprit qui lui faisait face. J'allais lui faire comprendre pour de bon. Sur ma gauche, malgré ma vue qui s'obscurcissait seconde après seconde, je vis un scalpel. Je m'élança dessus pour le saisir. Cependant, mes mouvements étaient ramollis par la fatigue, il vit clairement dans mon jeu et me poussa à terre :
« Non ! Arrête ça ! »
Il beuglait de plus en plus fort, sans arrêt, il m'énervait de plus en plus. Dans ma chute je me cognais la tête à un tabouret et m'écroulais sur mon bras déjà bien amoché. L'excitation reprit, je recommençais à voir rouge, à ressentir ce qui m'avait animé quand le chien m'avait mordu. Je gesticulais dans tout les sens, je gesticulais de plaisir ! L'adrénaline coulait dans mes veines, je me sentais capable de tout. Je me redressai le plus vite que je pu pour refaire face à Kersberg. Il me regardait sans bouger, je le fusillais du regard, le ciel s'amusait à me voir prendre du plaisir.
Puis, encore une fois, des mots sortirent de ma bouche, avec le même ton qui avait déjà fait ses preuves sur un pauvre animal et Kersberg en personne. L'ambiance se changea rapidement, la pièce s’assombrit, les sentiments s'estompèrent pour me faire place. Je sentais que c'était le moment de lui dire ce que j'attendais de lui :
« Soigne moi. Sinon je te t'arrache le bras. »
Kersberg suait comme un cochon. Il regardait son bras, comme si je pouvais lui ôter à n'importe quel moment. Il avait raison, je pouvais lui ôter, sans gêne, j'étais capable du pire à présent. Je devais faire le nécessaire pour rattraper M.Dalombre ! Ainsi Kersberg murmura en sanglotant :
« Non. Je ne veux pas mourir. »
Il commença à me soigner. Il était vif et n'osait pas croiser mon regard. Il savait qu'au moindre faux pas, je pouvais prendre en ma possession un de ses membres supérieurs. En moins de dix minutes, mon bras était recousu, ma tête était pansé. Kersberg avait l'air plus vide que la dernière fois, comme si à chaque fois que je lui parlais sur ce ton, j'annihilais de plus en plus son esprit. Il pleurait encore et encore, il priait pour ne pas mourir. C'était ridicule ! Puis il se mit devant moi et s'inclina :
« Je... Je suis désolé de ne pas t'avoir soigné plus vite... »
Hahaha ! Il tremblait comme une feuille ! Sur le coup je n'avais plus le temps de me moquer de lui. Je devais partir au plus vite à la maisonnette. Sans gêne, je quittai la demeure de Kersberg. De l'extérieur je pouvais le voir, il avait toujours la même position. Il fixait le sol, je courais, je devais te revoir mon ami.
Je ne savais pas comment mon corps pouvait toujours me permettre de courir. Je courais rapidement en direction du lieu où j'avais laissé Mickael. Pendant le trajet, je me questionnai sur l'apparition de M.Dalombre. Pourquoi était-il chez Kersberg ? Me recherchait-il ? A l'instant où les questions fusaient dans mon esprit, j'entendis un bruit au loin. Il n'y avait aucune voiture qui passait, pourtant plus je courais en direction de la maisonnette et plus il s'intensifiait. Ainsi, sur ma gauche j’aperçus quelque chose. Et au fur et à mesure que je me rapprochais, j'avais l'impression de reconnaître cette chose. A ma plus grande surprise je connaissais la source de ce bruit. C'était la voiture de l'inspecteur ! Elle était renversée, totalement cabossée sur le bas coté de la route. En passant devant, je l'apercevais, il était inconscient à l'intérieur, un peu de rouge recouvrait son visage. Je ne pouvais pas m'arrêter en si bon chemin. C'était un coup du destin ! Sans M.Dalombre dans mes pattes je pouvais tranquillement nettoyer la maisonnette. Mon ami guidé mes pas et tout en accélérant sur la fin du trajet j'étais arrivée à destination. Je m'empressai donc d'entrer à l'intérieur dans l'espoir de me débarrasser des corps assez vite avant d'éveiller les soupçons. J'étais face à la porte. Je l'ouvris, j'entrai. Je n'en croyais pas mes yeux. La maisonnette était resplendissante. Toute neuve. Pas de trace des corps, plus de trace de sang. Rien à part une lettre et un cadeau. Sans hésitation, je me précipitai sur la lettre. Je l'ouvris lentement, comme si je désamorçait une bombe. Je la pris dans les mains et entama la lecture de celle-ci :

« Whoa ! Impressionnant ! J'adore vraiment votre style. Désolé, mais je risque sûrement de m'en inspirer la prochaine fois. Comme vous avez pu le constater je suis passé derrière vous et j'ai arrêté une voiture qui s'approchait trop. Pas la peine de me remercier ! C'est plutôt à moi de vous remercier. Vous êtes une vraie artiste. J'aimerais un jour vous ressembler. Avoir votre style. Bon, c'est pas tout, mais je vais vous laisser ! Aussi je vous ai laissé un petit présent pour vos prochaines fois.

Bien à vous, votre admirateur/ange gardien/super fan de vous! »

Encore un fou certainement. Mon but n'était pas d'avoir un admirateur ! C'était de retrouver mon ami. Cet individu avait peut être de bonnes intentions, mais je vais devoir me débarrasser de lui un de ces jours. En tout cas, il m’ôta une épine du pied. La pluie s'intensifia, je savais ce qu'il pensait. J'allais devoir réduire au plus vite les personnes qui s’intéressait trop à moi. Cet inconnu était sans aucun doute ma cible numéro une, mais M.Dalombre n'était pas à ignorer. Tout en réfléchissant à mon avenir, je pris dans mes mains l'objet qu'il m'avait offert. Il était assez léger à première vue, sauf une extrémité. Sans me poser de question, j'ouvris le mystérieux cadeau. A l’intérieur, une magnifique hachette. Elle était resplendissante ! Il y avait même mon nom gravé dessus. En la tenant, je me sentais en sécurité, capable de faire se que j'étais destinée à faire. Capable de retrouver l'homme qui me souriait depuis les cieux. Après m'être extasié plusieurs minutes, hachette à la main, je pris soin de prendre la lettre ainsi que ma superbe meilleure amie que j'avais déjà surnommée « Miss adorable ». Je m'avançai donc une dernière fois vers la sortie de cette baraque. Fière d'avoir accompli la meilleure journée qu'il m'avait été permis de vivre jusqu'à aujourd'hui. Je me sentais vivante. Prête à te revoir ! Tu berçais mes exploits de la journée d'une pluie fine et apaisante. Ainsi, en sortant je constatais par terre une photo qui, sans doute, n'était pas là à mon arrivée. Je me pencha donc pour la prendre. C'était une photo prise de l’extérieur de la maisonnette, en premier plan il y avait moi, en train de prendre la pose, hachette à la main. Cet admirateur m'avait sans doute observé déballer son cadeau. Je mis la photo dans ma poche, soulevant la tête vers les nuages obscurs qui gouvernaient le ciel. Je repensais à son sourire, à ses yeux. Je devais le revoir à tout prix !



Pourquoi essayez-vous de rentrer dans ma vie ?

Chapitre 10
Ressenti généreux 3 : Dernière volonté bafoué.



      Années après années, mon but restait le même malgré le temps qui défilait. Avec une nouvelle cicatrice, mon enquête se finalisait progressivement. De plus, l'indication d'un lieu ne pouvait que m'être favorable. La ville était certes grande, mais avec la densité de population qu'elle comportait, le maire avait abolit le droit de construction des maisons, et priorisé les immeubles pour loger un maximum d'habitants dans un moindre espace. Toujours une glace à la main, j'arborais la recherche des peu de maisonnettes qui restaient dans l'enceinte de la ville. Cependant, à chaque découverte d'une maisonnette, mon odorat ainsi que mon goût ne pouvaient me trahir. Les différents lieux que je visitais n'avaient que très peu d'intérêt dans mon investigation. Sans pour autant me décourager, mon enquête inachevée me poussait à vaincre le sentiment d'abandon qui trônait dans mon esprit. Bien heureusement, avec la mort accidentelle du glacier il y a de cela plusieurs années, un nouveau avait prit sa place. J'étais cette fois-ci partit du bon pied avec lui et me voyait ainsi gratifié de succulents desserts glacés. J'allais me répéter, mais le destin n'était pas mon allié. Il n'était qu'un traître donnant espoir aux faibles ou justifiant les malheurs des imbéciles qui pullulaient dans le monde. Seulement, les coïncidences étaient vrai. Que ce soit ma première cicatrice ou la seconde, elle ne pouvait trahir l'enquêtrice que j'étais devenue. La patience était la clé, la clé était mon cœur, le destinataire m'était encore inconnu, or je m'offrirais le moment venu. Ma générosité qui caractérisait mes actes, me poussait à tuer les multiples années de recherches qui s'affligeaient à ma personne. Ayant dérobé chez le maire plus tôt un plan de la ville plus détaillé, je découvris un lieu éloigné, presque oubliable. Un genre de cabane sur une route rongée par le temps. C'était la mission de la journée pour obtenir une nouvelle pièce du puzzle. M'élançant dans les rues précipitamment, j'étais convaincue de la véracité de ma découverte. Mes sens étaient éveillés, ma conviction flamboyait, je me devais d'y jeter un œil. Dans ma course effrénée, les passants qui me barraient le passage m'importaient peu. Sans gêne, je les bousculais avec violence jusqu'à même en mettre certains à terre. Cependant, à force de répéter mes violentes impolitesses, les obstacles continuaient à me faire front. Étaient-ils tous idiot au point de retarder ma découverte ? Bien heureusement, j'avais encore une fois plus d'un tour dans mon sac. Mes affirmations maladroites allaient pour une fois me servir à autre chose qu'à interpeller les imbéciles. Me stoppant dans ma course pour mette mon plan à exécution, je pris une profonde inspiration pour menacer les ignorants qui bouchaient la rue, afin de les obliger à me faire un couloir et ainsi me laisser l’opportunité de sortir de l'oppression de leurs existences :
« Ce qui seront sur mon passage crèveront sans connaître les doux baisés des anges ! »
Sans me fier à la réaction des civils autour de moi, le message que j'avais passé était clair. Pour une fois que mes maladroits dires me servaient à progresser, je ne pouvais que me féliciter. Je me mis à courir à toute vitesse en passant les idiots effrayés par mes mots. Baissant la tête pour prendre de la vitesse, la rue semblait interminable. D'un coup, d'un seul, je percutais un obstacle qui me valu la malencontreuse finalité de finir au sol. Levant les yeux pour comprendre pourquoi, une personne vêtue d'une longue robe rouge et noir me faisait barrage. Loin de lui l'idée de relever la jeune femme qu'il venait de percuter, je me redressais essayant de garder mon sang froid. Afin de ne pas porter préjudice à sa vie, que j'aurai bien ôté, je décidais de passer ce vulgaire personnage pour continuer. Cet abruti avait de la chance, dans ma chute j'avais pu empêcher ma glace de tomber au sol. Certes, mes jambes me faisaient souffrir, mais la glace était sauve. A l'instant où cette pensée me percuta l'esprit, mon précieux cinquantième dessert glacé ne se situait plus dans ma main. Instinctivement, d'une poigne de fer j'interrompis la marche de l'individu, qui n'allait sans doute jamais connaître le goût d'un langoureux baisé. Ma griffe agrippa son épaule pour le figer sur place. Après quelques instants, il daigna se retourner vers ma direction. Dans ses grotesques mains, ma glace qu'il léchait frénétiquement. Sa répugnante langue violait la plus précieuse des choses à mes yeux. Puis, sans un mot, il se dégagea pour me distancer. Il y avait peu de choses que je détestais dans la vie. Cependant, me voler mon pêché mignon était tout aussi impardonnable que les idiots et les hurlements. Bien déterminée à rétablir la justice, je me positionnais le pied en avant prêt à détruire l’existence de cet impoli inconnu. Pour capter son attention, seuls des mots gorgés de bon sens pouvaient le faire de nouveau me regarder :
« Ô grand jamais, si ma glace ne m'est pas rendue, je souillerai ton cadavre en l'offrant à des nécrophiles friands d'idiots dans ton genre ! »
Me prenant de court, l'homme sans poursuivre la discussion que je lui avais proposé, se rua sur moi, jetant par la même occasion mon dessert. Il allait me le payer, je pouvais parfois pardonner, mais lui ne sera jamais gracié par mon éternelle générosité. Souhaitant simplement l’assommer pour lui donner une maigre, mais efficace leçon, la surprise me vint quand il brandit un outil de sa manche en ma direction. Au milieu d'une dense foule, il brandit de son fourreau une petite dague ornée de symboles étranges. Portant mon regard un petit moment sur les visages des piétons qui m'entouraient, je les voyais tous sans exception le regard plongé vers le sol. C'était comme si, cet homme, avec sa longue robe les terrifiait de son unique présence. Malgré ma motivation à lui donner une correction, ma curiosité m'empêcha de prévoir son attaque. Sans gène, dans le public, l'homme me poignarda. Une fois, puis deux fois. Ensuite, pour arrêter un moment son frénétique assaut, il me murmura en collant sa bouche sur mon oreille d'un ton idolâtre :
« Les Larmoyants ne sont pas voués à mourir. Sauver le monde de perfides personnages comme toi, voilà notre destiné contrairement à la tienne. »
Ainsi, il m'asséna vingt-et-un coups supplémentaire. Le sang fusait de mon corps, il se répandait au sol comme la peste. Personne ne faisait rien, les gens passaient leur chemin, ignorant mon triste sort. Ma chute me fut douloureuse, le liquide rougeâtre s'étalait autour de ma personne, essayant de me réchauffer. Les humains étaient-ils devenu si abrutis au point de ne plus aider autrui ? L'atrocité de mes blessures auraient pourtant fait pousser, à n'importe qui, un hurlement pourfendeur pour témoigner d'une fin prochaine. Bien heureusement, je ne comptais braver l'interdit, jusqu'à ma mort je respecterais les personnes qui pouvaient s'autoriser à le faire. Je n'en étais pas encore digne, jamais je ne le serais. Tendant le bras désespérément devant moi, je pus par chance saisir un morceau de glace qui résidait non loin de mon cadavre. Le rapprochant peu à peu de ma bouche, je voulais y goûter une dernière fois, me donner l'opportunité d'avaler mon précieux. Le déposant délicatement sur ma langue, je mâchais mon dernier dessert, mon dernier souhait. Cependant, je n'étais pas satisfaite. Son goût acre gâché par mon divin sang qui s'échappait de ma gorge ne me convenait guère. Ma dernière volonté ne devait-elle pas se réaliser ? Qu'il en soit ainsi ! La destiné n'était qu'une traîtresse sans cœur. Si l'on m'ôtait mon plaisir final, je ne devais me permettre de partir. Feindre la mort, lui prouver que je ne lui appartenais pas, voilà de quoi mes convictions étaient capable. Cette personne, c'était finalement une coïncidence de la croiser dans cette danse foule d'ignorant. Mon enquête m'avait menée à lui, il n'allait sans doute pas m'éclairer à la résoudre, seulement un obstacle obstruant l’accès à un nouvel indice devait être anéanti. La glace que je venais d'ingérer ne sera pas ma dernière ! Les mots de mon assaillant seront les derniers de sa grotesque existence ! Reprenant appui sur mes deux jambes, mon mental brisait les dogmes que le corps humain s'imposait. Je me saisis à mon malheur de la chose que je détestais, l'ignorance. Me poussant à ignorer mon état de santé, je pouvais sauver mon enquête et m'éviter de sombrer dans le pays des anges. Finalement, il ne m'avait que poignardé vingt-trois fois, pas vingt-deux, ni vingt-quatre, seulement vingt-trois. Il n'était qu'à quelques mètres de moi, reprenant sa vie tranquillement. J'allais le pourfendre de ma justice impardonnable. Levant le doigt vers sa direction, portant mon autre bras sur la hanche, ma position héroïque lui dictera sa destiné :
« Pour m'avoir dérobé ma dernière volonté, ainsi que de ne m'avoir planté que vingt-trois fois, je vais t’exécuter pour rendre mon enquête plus resplendissante et trouver la maisonnette que je recherche. »
Ma lumière m'aveugla, il se retourna, me défia d'un regard sombre, j'attaquai. Une femme se situait sur ma droite, sans lui demander la permission, je lui empruntai une de ses chaussures à talon aiguille qu'elle chaussait. L'homme qui avait pris mes menaces très au sérieux sortit une nouvelle fois sa dague pour me finir. Or, ma résolution ne pouvait être vaincue. Je lui avais annoncé sa destiné, j'allais lui exaucer avec plaisir. Esquivant son coup, je plantai dans son œil la pointe du talon. A porté de bras, je vis un homme avec un miroir dans les mains. Tandis qu'il regardait son reflet, ma main le lui arracha pour le briser sauvagement au sol. La sauvagerie de mon acte était pardonnable, je le savais, ils l'ignoraient tous. Mon opposant qui s’apprêtait à hurler de douleur ne comprenait pas mon comportement hâtif. C'était en lui offrant l'opportunité de lui retirer sa voix, que j'allais lui imposer son destin. Je récoltais dans l'empressement les morceaux de miroir a même le sol, pour les loger dans sa bouche. J'avais avalé une glace dénuée de goût, il s'étouffera avec des éclats de verre refroidis par l'immensité de sa crédulité. Afin de bien finir le travail, je logeai ma main dans sa gorge pour être certain de lui faire avaler son dernier caprice gustatif. Du sang émergea de sa gorge, il s'écroula au sol sans un gémissement, j'avais accompli ma tâche. La foule qui nous m'entourait se dégagea pour me laisser passer. Les yeux dévisageant le sol, aucun d'entre eux ne regardaient la dépouille de l'homme capuchonné maintenant mort, comme si, le simple fait d'en prendre conscience les accablerait d'une mort prochaine. La situation me devint favorable. Je pouvais enfin me permettre de reprendre tranquillement mon enquête et ainsi visiter cette maisonnette.
Le trajet fut laborieux, je dû dans ma progression m'arrêter quelque part pour bander mes blessures. Enfin, devant moi, la maisonnette surplombait l'horizon. A ma grande surprise elle était ouverte, seulement une chose titilla mon esprit, un enfant était mort à proximité de la porte d'entrée. Je longeais le couloir sans un bruit pour m'approcher de sa dépouille. De mon doigt, je pris un peu de son sang gisant de sa bouche, pour y comprendre les grossières lignes de sa vie. Il se nommait Mickael Tellas, il avait treize ans, adorait les chiens, avait une admiratrice secrète, voulait la marier, était mort de sa main. Heureusement que mon goût s'était amélioré lors de la guerre des cinq, sans cela, je n'aurais pas pu comprendre l'inutile vie que ce garçon avait vécu. Après mes constatations, je portais mon regard sur ma cicatrice. La maisonnette était présente, mais un seul corps y résidait. Peut-être était-ce celui du meurtrier du garçon ? Pourquoi n'était-il pas ici ? L'avait-on déplacé ? Mes questionnements n'aboutissaient à rien. Je savais que c'était l'endroit où mon enquête m'avait guidée. Pour chercher des indices, je m'avançai prudemment dans l'antre pour y saisir n'importe quel détail. Un bruit s'empara d'englober la minuscule demeure. Dans un semblant de cuisine, il y avait un jeune homme. Dos à moi, il n'avait pas sentit ma présence. Je le voyais emballer dans un jolie papier cadeau, un outil avec un manche en métal. Il marmonnait une chanson étrange qui le rendait plus fou que crédible :
« Sous la pluie, dans les champs. Elle s’abat violemment. Les récoltes se font bonne. Le ciel nous chante sa bonne humeur ! »
Sans trop m'attarder sur sa présence, je conclus qu'il ne m'apporterait rien, je le sentais. Je m'empressai finalement de reprendre le chemin inverse pour retourner en centre ville. J'étais fatiguée, assez déçue de ma découverte incomplète. Il manquait un corps, l'accident devait me concerner et non le garçon mort. Ressassant les peu d'indices que je possédais, le temps de la guerre me manquait. Au moins dans cette période, je n'avais pas à me poser de question. Non loin de moi, une voiture fonçait à toute allure vers ma position. D’apparence normal, cette situation semblait banal. Cependant, mes cicatrices commencèrent à me brûler sévèrement. Elle dégageait de la vapeur jusqu'à faire fondre ma peau. Mon regard se reporta sur la voiture et je compris. On m'ordonnait de réaliser le troisième mot, « l'accident ». Croiser cette voiture n'était pas qu'une simple coïncidence, c'était la coïncidence ! Pour m'exécuter je m'élançai sur la route à son passage. Afin de m'esquiver, le conducteur dérapa pour finir sa course dans le décor. Mon bras cessa de s’enflammer, j'étais toute excitée à l'idée de connaître de nouveaux indices. M'approchant du lieu de l'incident, le conducteur était toujours conscient. Il avait, par chance, survécu. Pourtant, le terme accident stipulait un certain degrés de dommages. Je savais que je devais finir cet homme pour obtenir ma nouvelle destination. Je me rapprochais de l'individu en question, il s'exclama en me voyant :
« Silly aide-moi ! Je ne... »
Agrippant son crâne de ma main, je le fracassai à plusieurs reprises pour le faire perdre connaissance. Je l'avais bien amoché. A vrai dire la blessure que je lui avais affligé sur la tête me donna envie de vomir l'espace d'un moment. Ainsi, l'indice se dévoila. Dans la plaie de sa tête, une plume plus magnifique que la précédente. M’empressant de la prendre, je la sollicitai intérieurement de me guider une fois de plus. La plume entre les doigts, je grava sur ma gorge les prochaines pistes de mon investigation. « Camarade - Vœu - Destinataire », voilà où cette cicatrice me guidera. Déterminée à résoudre sous peu cette énigme, je repris la route du centre, afin d’espérer un jour offrir mon cœur à la personne qui l'attend.


Chapitre 11
Déchéance divine 8 : Mes gentils médicaments.



      La suite des événements jusqu'à mes dix-sept ans s’emboîtèrent calmement. Je n'avais plus reçu de lettres de mon admirateur, même si je me sentais parfois épiée. De plus, après son accident, M.Dalombre fut hospitalisé et resta près de six mois à l'hôpital pour de la rééducation. Il devait sans doute avoir la rage de ne pouvoir rien faire car la cadence des meurtres s’accélérait. Or, il avait subi de multiples fractures et ses jambes avaient dû être opérée à plusieurs reprises, donc il devait prendre son mal en patience. Quant à mes parents je les esquivais de plus en plus, je passais beaucoup de temps dehors avec mes deux amis, le ciel et Miss adorable. Chaque fois que je l'avais en main, elle frémissait sous les gouttes de pluie. J'étais frustrée. Je ne t'avais pas revu depuis, je ne t'avais pas serrais dans mes bras depuis longtemps. Je me contentais simplement de te complimenter comme à mon habitude. Bien entendu, je ne pouvais pas me contenter de simplement passer du temps avec eux et je continuais mes études. J'étais entrée au lycée, toujours autant stigmatisée par mon pseudonyme « la morte ». Je me fichais de leurs réflexions, tant qu'ils ne m’ôtaient pas mon ami, tout allait bien. Je fis aussi la rencontre d'une de mes camarades de classe Alexia Lestonde. Nous n'étions pas amies et à vrai dire, nous n'avions pas pour ambition de le devenir. Elle remarqua simplement mes allers retours chez Kersberg et me proposa de gagner de l'argent facilement. Un médicament se faisait de plus en plus rare dans notre ville et elle y voyait un marché florissant. Je ne m'étais pas attardée sur les détails mais des gens paieraient très chère pour en avoir quelques uns. Le plan était simple, je devais les voler et ensuite nous les revendions à bon prix. Simple et efficace, notre partenariat était en marche. De plus, j'avais en vue d'acheter l'appartement qui se situait juste au dessus de celui de mes parents. La personne à l'intérieur n’était plus et il n'était pas cher. Ainsi, pour mes dix-huit ans je pourrais enfin ne plus voir les sales gueules de mes créateurs.
De la sorte le plan fonctionnait sans encombre. Cette victime de Kersberg ressemblait à un zombie depuis la dernière fois. J'avais arraché toute part de vie en cette ordure. Les médicaments n'étaient donc pas un problème, le seul problème c'était moi. Mon cœur artificiel commençait à se dégrader petit à petit. Kersberg me l'avait dis, il avait trafiqué le chronomètre pour simplement me faire gagner du temps. Le ciel s’inquiétait pour moi jour après jour. Il m'attendait, il voulait à nouveau me chérir, je voulais lui sourire. Ainsi, mes pertes de conscience reprirent, bien plus violentes qu'à mon enfance. Pendant ces moments-là, j'étais seule, pas de pluie, pas de Miss adorable, seulement moi, seulement une morte.
En oubliant le fait que mon état se dégradait, l'argent n'était plus un problème pour moi. Alexia et moi-même revendions ces petites pilules comme des petits pains. Surtout à un gars du nom d'Arnaud. Il était plus vieux que nous et nous en achetait souvent, de grandes quantités. Il disait que c'était pour sa mère, que sans cela elle mourait. Alexia s'en foutait mais savais simplement que les acheteurs n'utilisaient pas ces cachets pour se soigner mais simplement pour se droguer. Nous en venions donc à la conclusion que sa mère n'était qu'une simple junkie et qu'il la fournissait pour lui permettre de monter au septième ciel.
Nous discutions rarement avec Alexia, enfin je veux dire, elle ne me parlait pas beaucoup. J'avais horreur de parler, de perdre mon temps à entamer une conversation. Elle avait sans doute le même point de vue que le mien. Pendant une soirée elle me convia à faire les comptes du mois chez elle. A seulement quelques rues de chez moi, elle habitait un petit appartement. J'entrais à ses côtés et me rendis compte qu'il n'y avait personne, c'était sans doute le sien et cela se confirma quand je vis sur une facture avec sa date de naissance. Elle avait deux ans de plus que moi et devait vivre une vie plutôt solitaire. Son appartement était très propre, elle ne négligeait pas son espace vital. Il faut dire que vu la rigueur avec laquelle elle dictait notre commerce c'était presque évident qu'elle soignait autant son cadre de vie. Son apparence lui faisait quand même défaut, il contrastait avec la propreté de son logement.
Après avoir fini d'analyser si il y avait des pièges, elle m'invita à m'asseoir à ses côtés sur le canapé. Elle disposa l'argent devant nous et se mis à les compter. Ce qui irrita mon esprit était le fait qu'elle faisait normalement cela toute seul. Ma réflexion se confirma dans le fait que je n'étais qu'une simple spectatrice. Elle comptait pendant que je la regardais faire, elle me lança de temps en temps de brefs regards en ma direction, je me contentais simplement d'écouter la pluie qui se déversait sur les différentes vitres du salon. Puis elle me prit le bras et m'annonça :
« J'ai fini. Tiens ta part, j'ai rajouté un petit supplément. Pas la peine de me remercier. »
C'était étrange, elle me serrait le bras avec force, comme si elle essayait de me faire passer un message. Naturellement je me dégageai de son emprise pour empocher mon gain. Elle baissa les yeux et commença à se toucher les mains. Je ne l'avais jamais vu comme cela, elle avait l'air préoccupée par quelque chose. En temps normal je serais parti, mais étant mon associé je devais rester pour comprendre la bizarrerie de son attitude. J'étais donc à côté d'elle, sur une extrémité du long canapé. La pluie coulait tranquillement, de fine goutte ambiançaient la pièce. Hormis les chants de mon ami, il n'y avait pas un bruit. Elle tenta de temps à autre de me regarder tout en essayant de me parler, sans succès. Elle ne trouvait pas les mots, elle se touchait les mains régulièrement tout en fixant ses pieds. Puis elle se rapprocha de moi, et positionna sa main sur mon épaule. Elle était chaude, douce, elle me rappelait celle de mon ami. Avec l'autre main elle me montra deux cachets.
« Ça te dirai que je te fasse essayer. Je ne veux pas te forcer. Mais je ne l'ai jamais fait avec quelqu'un. »
Le doux souffle qui sortait de sa bouche me donnèrent de vifs frissons. Elle était proche de moi, très proche. Je pouvais contempler son visage, ses imperfections comme sa beauté. En voyant que je ne répondais pas elle se mordit les lèvres, avança un peu plus son visage vers le mien.
« S'il te plaît, je voudrais vraiment t'apprendre. »
Elle m'avait convaincu. Bizarrement, mon esprit la comparait avec mon ami et sa présence commençait à me faire ressentir les mêmes sensations qu'à notre dernière rencontre. J’acquiesçai de la tête lentement, elle esquissa un jolie sourire, la pluie animait ce moment de douceur.
Elle bondit du canapé pour partir dans la pièce voisine. Je pouvais encore sentir la chaleur de son corps sur moi. Les poils de ma peau se hérissèrent, je me sentais bien en sa compagnie. Le sentiment que j'avais à ce moment précis j'apparentais de plus en plus à ma rencontre avec le ciel. Elle revint avec du matériel, deux seringues et de quoi faire un garrot. Je la regardais mettre en place le rituel. Effectivement, vu la précision avec laquelle elle effectuait les différentes étapes j'avais plus l'impression d'assister à l'invocation d'un démon. Le ciel ne grondait pas ce soir là, il savait que tout allez bien pour moi. Alexia fini tout les préparatifs. J'étais face à elle, elle plongea son regard dans le mien :
« Je vais te montrer ne bouge pas. »
Elle me souriait, elle m'attacha le bras puis elle le serra de toutes ses forces. Son touché me donnait de bref frémissement. Elle prit dans ses délicates mains la seringue et la planta dans les veines qui apparaissaient sur mon bras. Elle m'injecta lentement le produit et retira doucement la seringue. Nous étions tout les deux très proches, la chaleur de son corps provoquait dans mon organisme quelques bouffées de chaleur. Nos visages n'étaient plus qu'à quelques centimètres. Elle prit mon visage avec ses deux mains, calmement, tout en maintenant son regard sur moi. Nous nous fixions, elle me souriait, elle m'embrassa, elle m'aimait, je profitais de ce moment.
Puis j'ouvris les yeux. Je connaissais cet endroit, cette porte. J'étais de retour, positionnée devant cette imposante porte. Toujours aussi bien vêtue, je tremblais de joie à l'idée de le revoir. Ma main s'élança d'elle même vers la poignée. Or à peine l'avais-je touché que je réveilla. J'étais dans un lit, Alexia à mes côtés. Je ne savais pas quelle heure il était, ni comment j'étais arrivée ici. Je m'écarta de l'étreinte d'Alexia qui dormait profondément, je me rhabillais tout en observant le ciel grisâtre. En espérant un jour pouvoir passer une nouvelle fois la porte.
Ainsi, cette aventure devint une habitude. Je passais de plus en plus de temps avec elle, j'essayais de plus en plus d'ouvrir la porte qui me séparait de mon ami. De plus, Alexia s'ouvrait plus à moi, elle me parlait de notre futur, je l'écoutais, je l'aimais. Elle me tenait la main, elle plongeait son regard dans le mien, nos lèvres se touchaient souvent.
Les beaux jours s’enchaînèrent et une année passa tranquillement. Je vivais limite chez elle, je ne n’embêtais plus à rentrer chez mes parents, leur existence m'importait peu. Mon objectif était dès à présent d'ouvrir cette satané porte. Je n'y parvenais jamais. A chaque fois que ma main la frôlait, je me réveillais dans la seconde. Mais j'avais remarqué quelque chose. Miss adorable semblait triste. Peut être parce que je ne l'avais pas présenté à Alexia ? Je n'en savais rien. En tout cas, le ciel n'avait pas grondé depuis longtemps, il approuvait ma routine et attendait simplement ma venue. Il m'attendait, Alexia m'aidait, Miss adorable grimaçait.
Or, un jour alors que tout était au mieux, le monde que je m'étais efforcée de créer bascula brutalement. Comme à notre habitude à la fin du mois avec Alexia nous nous retrouvions chez elle pour faire les comptes. La soirée avançait bien et elle s'empressa d'utiliser nos seringues favorites. J'étais bien avec elle. Elle me caressait les cheveux, je prenais du plaisir. Mes yeux se fermèrent doucement, guidés par ses lèvres. Je me retrouvais devant cette porte. Je l'avais vu une bonne centaine de fois, toujours aussi impénétrable. Je me tenais en face d'elle dans l'espoir de la voir s'ouvrir toute seule. Mais quelque chose clochait, je ne me sentais pas bien. J'avais une impression bizarre. J'entendais des bruit de pas. Ils se rapprochaient rapidement en ma direction. Il provenait de derrière la porte. Je fis un pas de recul prête à l'accueillir, mais les pas étaient pressés, ils étaient lourds, mon cœur était lourd. La porte s'ouvrit d'un coup ! Il était là, face à moi :
« Réveille toi Silly ! Tu n'as pas le temps ! Miss adorable te demande de revenir ! »
Il était paniqué, en sueur, tremblotant. Il me poussa contre le mur tout en me secouant.
« Réveille toi bon sang ! »
Je ne comprenais rien, mon cœur me faisait mal, très mal. Mon ami hurlait, il voulait que je parte, il me prévenait d'un mal futur. Il leva sa main vers ma direction, détourna le regard et me gifla de toutes ses forces. Le ciel éclatait de rage. Je reprenais peu à peu mes esprits, ma vision était trouble. Je sentais que ma routine était brisée, j'étais positionnée sur le canapé et non aux cotés d'Alexia. La foudre éclairait la pièce obscure où j'essayais de prendre mes repères. La fenêtre face à moi était brisée, mon cœur s'arrêta pendant quelques secondes, de précieuses secondes où j’eus le temps de saisir Miss adorable et de constater l'horreur qui m'entourait. Le salon était en bordel, rien n'était à sa place, tout était renversé ! La boite qui contenait les médicaments avait disparue, on l'avait dérobé. Mon cœur me faisait mal. Mon attention se tourna vers le sol, couvert de rouge, encore humide. Sans me poser de questions, je m'élança vers la direction où les traces menaient, la chambre. Mes pas étaient lourds, mon cœur me maltraitait, le ciel grondait du mieux qu'il pouvait.
J'étais devant la pièce. Mes yeux s'écarquillaient. Face à moi, un homme, vêtu d'une longue robe munie d'une grande capuche. Il tenait la boite de médicaments, il la tenait fermement. Sur son dos, un symbole, je l'avais déjà vu. A peine avait-il réalisé ma présence qu'il prit la fuite en passant par la fenêtre qui menait sur le toit. Quant à moi, je pleurais, mon cœur déchirait mon âme. Je m'avançais, vers le lit, tremblotant, pleurant. Alexia était allongée, aspergée de rouge. Mes mains tremblaient lorsque je touchais son visage. Je vidais toutes les larmes de mon corps, je criais, j'avais peur, j'avais froid. On avait retiré les yeux de ma bien aimée. On lui avait retiré ! Il lui avait retiré ! MERDE ! PUTAIN DE MERDE ! La rage montait en moi, mon esprit était à nouveau parcouru par des visions. Je voyais Alexia, face à cet homme. Je la voyais se faire charcuter. Je me voyais le charcuter, je me voyais lui trancher la tête avec Miss adorable. Mon visage était inondé de larmes, mes mains étaient couvertes du sang de mon amour. Mon cœur était de nouveau parcouru par des pulsions obscures. Ma main s’enflamma de spasmes, mes yeux se gorgèrent de larmes. Avant de partir en quête de vengeance, j’adressai un dernier baisé à la personne qui changea temporairement ma vie. Ce baisé fut douloureux. Je ne pourra plus jamais plonger mon regard dans le sien. Le ciel déchaînait toute sa colère, il tambourinait les cieux. Je quittai donc Alexia, la belle Alexia, pour passer à mon tour par la fenêtre. Je lui adressai un dernier regard tout en regrettant d'avoir perdu le jouet qu'elle était. Hachette à la main, je vis l'individu sur les toits, en train de m'observer. Il prit la fuite. Je ne lui laisserai aucune chance ! Je voulais sa tête ! Je voulais détruire son existence !
Je partais à sa poursuite, je comptais bien lui cisailler les deux jambes avec Miss adorable.



Pourquoi ne m'as-tu pas tué moi ?

Chapitre 12
Déchéance divine 9 : Un passé rouge, mouventé, grisâtre.



      J'étais lancée, prête à faire payer cet enfoiré. La pluie ruisselait sur les toits, cela ne m'arrangeait pas mais mon opposant qui avait aussi du mal à marcher sur les tuiles humides. Il se retournait de temps en temps, regardant ma progression, observant la créature qui arrivait à pleine vitesse pour lui ôter la vie. Je me contentais de foncer, tête baissée, je manquais à plusieurs reprises de tomber, mais je ne pouvais pas échouer maintenant. Les scénarios s'enchaînaient dans mon esprit, Miss adorable couverte de sang, cet ordure au sol, démembré, mort. La foudre s'abattait sur la ville, il n'y avait personne dans les rues, aucune lumière allumée dans les appartements que nous longions. Seulement lui et moi. J'étais presque à porté, je décidai donc de passer par un chemin en hauteur. Dans ma vision je lui sautais dessus pour ensuite lui couper la tête, c'était décidé, je devais essayer. Je commençai à m'éloigner de son couloir de course pour m'aventurer sur un toit qui pouvait le surplomber. Il courait toujours, mais j'étais en position pour en finir. Je m'élançai d'une corniche, bras positionné en arrière, hachette solidement tenue. Le temps s'était arrêté, il se retourna vers ma direction, je ne voyais pas son visage, mais la position de ses bras présageaient qu'il ne s'y attendait pas. Je devais en finir ! D'un coup sec et douloureux ! D'étranges sensations parcouraient mon corps, des sensations ténébreuses, j'avais envie, besoin de le tuer. Je voulais voir ce liquide rouge qui m'attirait tant, qui m'avait manqué. Or, ma vision se dégrada d'un coup. Dans ma chute sur lui, il esquiva mon coup, et sans hésitation il me plaqua au sol. Malheureusement pour lui, je l’entraînai dans ma chute. Nous dévalions le toit, je perdais mes repères, je ne devais en aucun cas perdre Miss adorable.À la fin de notre course se trouvait une plateforme sur l'immeuble d'en face, il était assez proche et dans notre élan, nous avions chuté à travers la fenêtre d'un appartement plus bas. La vitre se brisa sous notre poids, puis il me lâcha.
La pluie était audible dans la pièce qui était plongée dans une obscurité partielle. Étant passée la première par la fenêtre mon corps était parsemé de morceau de verre. La douleur était aiguë, excitante. Sachant que j'avais peu de temps je les retirai un par un, chaque morceau que j'enlevais stimulait chez moi une envie d'enlever le prochain. Je... j'aimais délicatement les presser dans mes doigts et les faire sortir de ma chair. Au bout du cinquième, je me rendis compte que Miss adorable était restée prête de la fenêtre, je rampai vers elle pour la ramasser, pour la couvrir du sang qui inondait mes mains. Je pris appui parterre et me redressai sur mes deux jambes. Il était là, sans doute avait-il envie d'en finir avec moi, sans doute pensait-il pouvoir arrêter la créature en face de lui. Mes scénarios s'intensifiaient ! Mon cœur s'emballait ! Je me ressentais vivre à nouveau, comme dans la maisonnette. Mes muscles étaient rongés par de multiples spasmes. J'avais faim. Or, sur ma droite, une ombre surgit. Il n'était pas seul, mais à la fin il sera le dernier. L'individu tenta donc de me saisir avec ses grosses mains. Il était vêtu comme le premier. Même avec l'obscurité je pouvais anticiper ses mouvements, son bras s'élança en ma direction, ma hachette bondit vers ses doigts. Du sang, encore plus de sang ! Ma vision avait guidé Miss adorable dans la bonne direction et lui trancha trois doigts. D'une voix rageuse il cria :
« Elle m'a touché ! Le démon m'a touché ! »
Démon ? Je le prenais pour un compliment, en tout cas le peu de sang qui jaillissait de sa main suffisait à m’exciter. Je gardais toujours un œil sur le premier qui n'avait toujours pas bougé, il ne faisait rien, je n'arrivais pas à voir son visage, je voulais lui arracher. C'est à ce moment là que je me rendis compte que mes visions n'étaient pas toujours exactes. Je sentis un bras s'enrouler autour de mon cou, il m'avait paralysé. Avec ses imposants bras, un troisième individu me maîtrisa. J'avais dû mal à respirer, mon cœur battait au rythme des grondements du ciel, des bouffées de chaleur s'échappait de mon corps. Pour l'instant, il n'essayait pas de m'achever, il limitait simplement mes mouvements. Le premier individu se décida enfin à s'avancer vers moi et m'arracha brutalement des mains Miss adorable. Il la jeta sur le côté comme un simple déchet, retira sa longue capuche, puis me sourit :
« Si j'avais su plus tôt avec qui je marchandais, je t'aurais tué plus rapidement ! »
Sans grande surprise c'était Arnaud ! Le problème n'était pas le fait qu'il avait volé les médicaments mais pourquoi il portait de tels accoutrements. Je me souvenais, ce symbole, il faisait parti des « Larmoyants ». De nouveaux, les questions s’enchaînèrent dans ma tête pendant que le deuxième individu, toujours couvert de sa capuche, implorait à Arnaud de le sauver. Il fallait dire qu'il perdait beaucoup de sang et que Miss adorable ne l'avait pas loupé. Arnaud le prit pas l'épaule et lui donna une genre de fiole, je n'arrivais pas trop à voir ce qu'elle contenait, mais il la versa sur ses doigts manquants. Le liquide était rouge et visqueux, c'était du sang. L'inspecteur Florenstin ne m'avait jamais dit que cette secte récoltait le sang de leur victime. En supposant que c'était bien du sang, il lui manquait une case, il saignait toujours autant, mais il paraissait plus calme. Comme si ce rituel l'avait sauvé de quelque chose. Après ce bref moment incompréhensible pour ma part, Arnaud me refit face. Il devait sans doute être leur supérieur hiérarchique, sa tenue était plus complexe que celle des deux autres et c'était le seul qui m'avait adressé la parole. Après avoir rangé l'étrange fiole, il reprit son discours :
« Silly, Silly, Silly... Comme tu as pu le constater, je suis le représentant du grand ordre supérieur Larmoyant. Je te rassure, seule ta copine était notre cible mais on peut dire que tu tombes à pic. »
Alexia était donc une de leurs proies. Mais pourquoi ? Quand est-ce qu'il l'on prit pour cible ? Il ne s'intéressait pas aux médicaments ?
« Le démon mort vivant de notre monde n'as pas lieu d'être, le simple fait d'avoir des points commun avec elle est une infraction divine. La morte ne peut pas mourir, mais nous pouvons l'empêcher de revivre ! »
Arnaud répéta cela plusieurs fois, d'un ton presque religieux. L'ambiance changea drastiquement, j'avais l'impression d'assister à un temps de prière. Il s'arrêta au bout d'un moment, repris son souffle et, avec ses doigts mouillés, prit mon visage :
« Morte, je ne sais pas pourquoi tu es là. Mais je vais prouver à notre sauveur suprême que tu n'es pas increvable ! Je désobéis peut-être à ses sages paroles, mais je dois en finir avec toi morte enfant.»
Morte, ce surnom m'était familier. Ce surnom qui m'avait suivi toute ma vie. Tout était clair, mes parents avaient encore gâché ma vie, il venait de m'ôter une amie et maintenant ils avaient monté des abrutis contre moi. Très bien. Bizarrement tout cela ne m'étonna pas, le ciel m'avait préparé. Il savait qu'un jour je devrai faire face à tout cela. Je le remerciais, sans lui, je ne savais pas ce que je serais devenu à ce moment précis. Je devais utilisé ce que tu m'avais appris pour les éliminer, pour anéantir mes créateurs. Je devais dire ce que je pensais, je devais utiliser ce pouvoir que tu m'as découvert :
« Je... »
A peine mes lèvres avaient bougé que la personne qui me maintenait m'écrasa au sol. Je ne pouvais plus parler, il me paralysait de son imposante force. De mon point de vue, je pouvais apercevoir Miss adorable, elle avait soif, je pouvais le voir :
« Je... »
Il m'éclata le corps plusieurs fois par terre, les maigres morceaux de verre qui restait au sol prirent place dans ma peau. Tout en me répétant l'opération, les trois hommes chantaient :
« Morte ! Morte ! Morte ! La Morte ! »
Les morceaux de verre se plantaient dans ma chair, le sang s’étalait de plus en plus sur le sol. Mon amie n'arrivait pas à gronder plus, il avait peur, peur de me perdre. Quant à moi, chaque morceau de verre qui transperçait ma peau me donnait envie d'en recevoir d'autre. Il chantait, il me massacrait, mes amis pleuraient, j'appréciais ce moment. Il fallait dire que j'avais enfin compris, compris pourquoi j'étais là, compris ma destinée. Je devais souffrir, pour pouvoir vivre éternellement avec toi, sans quoi, tu seras triste. Je devais en finir avec mes parents, en finir avec cette secte et enfin emménager avec toi. Je baignais dans mon sang, chaque fois que je touchais le sol je le sentais ruisseler sur ma peau, mon sang s'évadait pour réchauffer le sol. J'étais bien. Je voulais rester avec toi toute ma vie. Au bout de cinq minutes d'acharnement, il lâcha enfin mon corps. Mes muscles ne répondaient plus, je ne pouvais que regarder Miss adorable sur le côté, elle ne pouvait pas détourner les yeux, la pauvre. Puis, une main se pencha pour la ramasser. Je me sentais à la fois bien et mal. J'avais trouvé ma mission, mais je n'arrivais plus à bouger pour pour l'accomplir. Mes visions s'éteignaient peu à peu. J'avais les paupières lourdes. Puis un flash m'éblouit. J'avais la sensation que quelqu'un me mis sur le dos, je voyais flou.
J'ouvris les yeux. L'immense et habituelle porte me faisait face. Elle s'ouvrit, c'était lui, mon meilleur ami ! Il me souriait, je lui souriais, je lui sautai dans les bras ! :
« Du calme Silly ! Je suis aussi heureux de te revoir ! »
Tout en me prenant dans ses bras, il me caressa les cheveux doucement. Je pouvais à nouveau sourire. Il me reposa par terre, il me fixa d'un air inquiet. Avec sa douce main, il prit mon visage et me dit d'un ton coupable :
« Je suis désolé pour ton ami... sincèrement désolé. »
Puis plus formellement, il m'enlaça en signe de réconfort. En posant ma tête sur son épaule, je pouvais voir la pièce qui était toujours aussi magnifique. Mais un élément attira mon attention. L'élément en question se leva et s'avança en ma direction :
« Laisse la tranquille Ciel, elle n'avait pas besoin d'elle de toutes façons ! Elle nous a nous ! »
C'était une femme assez grande, avec de courts cheveux. Vu l'expression de mon visage, elle comprit que je n'avais pas saisi son identité. Elle rouspéta et nous sépara pour se présenter à moi :
« C'est vrai que tu ne m'as encore jamais rencontré ici. C'est moi Miss adorable. »
Qu'est-ce que j'avais pu être bête ! C'était logique que ce soit elle ! Une femme aussi belle, qui dégageait une aura aussi puissante. Nul doute, c'était ma partenaire de longue date. Je m'approcha d'elle pour la prendre dans mes bras, mais elle me repoussa gentiment et d'un air gêné :
« Pas de ça avec moi ma chérie. Tu sais très bien que j'ai horreur de me faire... câliner. »
Même en ayant pris en considération son rejet, j'essayai de la saisir, sans succès. Mon meilleur ami, qui observait la scène, m'arrêta et gratifia mes efforts d'un doux sourire. Il m'installa au même siège que la dernière fois, il était encore face à moi, il me chatouillait du regard avec ses yeux remplis de tendresse. Miss adorable quant à elle était sur ma gauche, elle n'essayait pas de me prendre dans ses bras, mais elle m'adressait d'un bref mais majestueux sourire digne de la belle personne qu'elle était. Ainsi Ciel nous servit un peu de thé, et nous entamions l'heure du goûté :
« Silly profite bien de cette boisson chaude car tu vas bientôt repartir. »
Miss adorable avait le don d'être sincère, mais j'avais déjà envisagé l'éventualité de partir après le goûté. Lorsque je voulais engager une conversation sur la suite des événements, le Ciel m'interrompait agréablement pour me suggérer de simplement profiter de ce superbe moment avec eux. Il fallait dire que je sirotais un délicieux thé au caramel avec mes deux super amis, et l'ambiance était plutôt sur le ton de l'humour. Le goûté touchait peu à peu à sa fin. Le Ciel me contemplait comme il avait l'habitude de le faire, il se leva et me reprit dans ses bras. Il réchauffa mon cœur, je le souriais, Miss adorable s'amusait à nous voir tout les trois réunis.
Ainsi l'heure des au revoir se rapprochait. Miss adorable chuchota quelques mots au ciel. Son visage avait changé, il devait me dire quelque chose d'important, je le sentais. Il se rapprocha, mit ses mains sur mes épaules et m'annonça les larmes aux yeux :
« Silly, brise le destin ! »
Les larmes affluaient sur son visage, il me regardait avec tant de tendresse qu'à mon tour je me mis à pleurer. Miss adorable avait des difficultés à retenir les siennes. Nous savions que notre prochaine rencontre ne serait pas prochainement et cela nous affectait tous :
« Je t'ordonne de vivre ! »
C'était impensable. Jamais de ma vie je n'avais entendu de telles paroles. Mon cœur ne me faisait plus mal. Ces mots avaient comme transperçaient mon être. Je n'arrivais plus à m'arrêter de sourire, de pleurer, de les aimer. Je devais vivre ! Vivre pour eux ! Vivre pour nous ! Vivre pour moi ! Je les adorais, il veillait sur moi, je ne devais pas les décevoir ! D'un coup, j'ouvris les yeux en me redressant. Je débordais d'énergie, mon esprit avait du mal à saisir la situation. Devant moi, un homme qui retirait une aiguille de ma cuisse. Il était sur ma gauche et brandit un appareil devant mes yeux :
« Cheese ! »
Ensuite, encore un flash, le même qu’auparavant. Il se plaça devant moi avec un grand sourire, presque trop amical. Il prit mon menton et plongea mon regard dans le mien :
« Je suis tellement content de faire enfin votre connaissance ! Maîtresse ! »
Il continua à me sourire longuement, je continuai à le dévisager. Il me prit par le bras et m'aida à me relever. La pièce était toujours la même, hormis les trois individus qui m'avaient attaqué qui visiblement avait été abattus. Certains avaient les mains tranchées, d'autres d'énormes trous dans le corps ; Voyant que j'avais du mal à tenir debout, l'inconnu me prit sous son aile pour me maintenir en équilibre :
« Je sais ce que vous pensez, pourquoi je n'ai pas tranché leur jambe ? Pour ma défense, vous commenciez à clamser, donc on peut dire que j'ai quand même réussi à retranscrire votre art. »
J'avais du mal à comprendre le pourquoi du comment. Mais une chose était certaine, il m'avait sauvé la vie. Mais pourquoi ? Il m'indiqua comme quoi il reviendrait tout nettoyer plus tard et qu'il comptait me mettre en lieu sûr. Or, le moment où il me tendit Miss adorable je compris :
« Tenez maîtresse ! Ne vous inquiétez pas je ne l'ai pas utilisé. Il faut dire que c'est un cadeau.»
Il était donc le « fan » de la maisonnette. Sur le coup, j'avais du mal à le cerner mais en une phrase je compris qui l'avait envoyé :
« Je pense qu'il est temps de passer au plan « Faire ressusciter la maîtresse » ou plus communément appelé, vous faire vivre. »
Le ciel avait donc tout prévu depuis le début. Je l'aimais tant ! J'étais bien décidé à le revoir ! La pluie se calmait, Miss adorable frémissait de joie, mon fan m'aidait, j'enviais mes amitiés.



Je dois vivre ! Vivre pour vous revoir ! Vivre pour vous enlacer, pour vous remercier.

Fin de la 1er partie : Mes éternelles amies comblées de questions.